lundi 11 avril 2016

Âge en décalage


 11/04/16
13H28

"A 20 ans, je croyais tout savoir de la vie. 
A 30 ans, j'ai appris que je ne savais rien."

Frédéric Beigbeder




Je ne sais pas encore comment je vais "occuper" cette journée. J'ai mélangé des morceaux de vidéos toute la matinée, j'ai hâte de recevoir toutes les vidéos de cet enterrement de vie de garçon afin de leur réaliser le montage final.
Peindre ? Lire ? L'envie de rien est survenue et persiste. J'appréhende un peu demain, aussi. Cette fichue appréhension qui s'impose et doucement roule et roule en dedans. 

Des envies d'acheter. Des envies compulsives. J'ai caché ma carte bleue. Non, je ne la retrouverai pas.

Je me sens défaillir. 

J'ai passé le cap de la trentaine sans trop d'encombres, et soudain tout me saute au visage. Je suis adulte. Ça, c'est quelque chose d'irréel. Quand on regarde ma vie, le mot "adulte" semble peu approprié. Peut-être femme-enfant. Et encore, ça ne semble convenir. Je ne me suis pas vue grimper la montagne que je vais désormais dégringoler. Où est passée ma jeunesse ? J'étais si mal. Si autodestructrice. Que je ne l'ai vu m'échapper. Elle m'était indifférente, ma jeunesse. Et je pensais pas atteindre cet âge. Je n'y étais pas préparée. 
Je vois mes parents vieillir. Mon frère se renfermer. Les autres et leurs vies similaires et stables et bien remplies. Je me sens en décalage. J'ai peur de finir un jour, marginale, dans une rue, après avoir tout perdu à cause de mes pathologies. J'ai peur de la mort, ou non, en fait, j'ai peur du suicide. De l'acte. De la souffrance de l'acte. Mon psy dit que ce thème - le suicide - est obsessionnel chez moi. Je me perds dans des détails techniques. Et pourtant, je commence à l'accepter (un soupçon), la vie. A me dire, je peux peut-être en faire quelque chose, peut-être. La modeler, la sculpter. Mais c'est très vague, flou, abstrait. Un tableau surréaliste devant lequel on ne comprend rien. Mais qui nous fascine.

Dans mon groupe de parole, y'a une gamine de 21 ans. Je l'appelle "la petite". Et réalisant qu'à l'époque, en clinique, c'était moi qu'on appelait "la petite". Les plus âgés me prenaient sous leur aile. J'étais la jeune fille paumée, maintenant, je suis... femme. J'ai du mal avec ce concept. Femme. D'ailleurs ça veut dire quoi, femme ? Je me sens encore sous certains angles, adolescente. Je ne serai plus jamais "la petite", ça me rend triste. Et ce qui me rend triste aussi, est de constater que je galère toujours, que je verrai toujours des psys, cause du trouble bipolaire. Que mon utopie, une vie sans psys, restera une utopie.

Je veux redevenir la petite de quelqu'un.
J'ai peur des rides, de l'affaissement du corps qui se déchausse. Je ne veux pas de cet âge-là. Je veux une machine à remonter le temps, pour en profiter, au lieu de m’autodétruire de A à Z. J'ai rien vu. Rien vu. Strictement rien vu du temps qui a passé. 

Où étais-je ? Sur quelle planète ? 
Je réalise que le temps file et qu'il faut profiter. C'est le mot. Profiter avant qu'il ne soit trop tard. Mais à partir de quand est-il trop tard ?
Je dois vivre. Il faut que je vive. Que je sorte de mon isolement, mes évitements, ma phobie sociale. Il faut que je vive, vite, avant la fin.
Je ne veux pas faire de vieux os, devenir un légume, liquide. Donc il reste peu de temps, vu comme ça file. Il faut que tu vives enfin, je me répète. Que tu agisses, que tu exploses - dans le bon sens du terme. 

Comme un feu d'artifice.

1 commentaire:

  1. Tu fais toujours 20 ans. Et si tu y tiens vraiment, tu seras toujours la petite de quelqu'un, mA kiné m'a tout de suite tutoyée alors que j'avais 30 ans, mON kiné m'autorise un "câlinou" (dixit) et pour mes parents je suis toujours leur enfant. Les gens vont te demander ton âge et ils ne vont pas y croire. Et au fond avoir 30 ans aujourd'hui, c'est comme avoir 20 ans dans les années 2000. Génération adulescente assumée. :)

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