04/04/16
07H17
"T'es folle de te lever à des heures pareilles : tu bosses pas, profite !"
J'avoue, c'est frustrant. Dès six heures, les yeux grands ouverts, et ne pas réussir à rester au lit. Me lever, et voir toutes ces heures à combler devant moi...
Quoi que ce n'est pas le plus frustrant. Ce qui me dérange, c'est cette fatigue persistante le soir. Dès 18H, je commence à sombrer. Quand vient le soir, mes paupières sont terriblement lourdes et je n'arrive pas à rester éveillée.
Si on lance un film, je n'en vois jamais la fin. Jamais. Calée contre lui, je secoue la tête pour rester réveillée, je me lève, tourne, m'assois, pour éviter de sombrer, mais irrémédiablement je me rendors... j'essaie de garder les yeux ouverts mais dès 21H, c'est la fin : je dors à poings fermés.
Donc généralement, il joue sur sa console le soir : je m'endors parfois avant.
Ne plus parvenir à regarder de films me manque, la concentration joue aussi, j'en dispose pas de beaucoup. Je ne sais pas si c'est une fatigue générale, ou mes médicaments, ou l'alliance des deux, ou la saison. Je sais juste que je ne sais plus veiller, et que c'est plutôt chiant. Le seul moment que j'aime d'habitude, le soir, je n'en profite plus. Et les journées sont interminables.
Hier, j'avais envie de rien, j'ai fait une sieste dans l'après-midi. J'ai pensé, je serai moins fatiguée ce soir. Tu parles ! A 21H15 je dormais devant Snowpiercer... je ne me rappelle quasi pas du début du film, d'ailleurs.
Chaque soir, je prends mes pilules, je calcule, j'essaie de ne pas me tromper. Un cachet de Xeroquel 400mg, deux de Xeroquel 50mg, trois de Norset 15mg, deux d'Abilify 10mg, du Lysanxia si besoin, ainsi que du Tercian. Ça en fait, des pilules, tout ça. Il faudra que je pense à demander au psy qui gère mon traitement si ça peut me fatiguer autant. J'ai besoin de savoir pourquoi cette fatigue. Pour un peu que j'ai un RDV la journée, que je conduis, prend le tram, ce qui génère de l'angoisse, je m'endors encore plus rapidement le soir. C'est pathétique.
Je continue d'essayer de trouver "quoi faire de ma vie", pour quand "j'irai mieux". Je peine à imaginer une vie sans crises, sans impulsions négatives, sans noirceur, sans pétages de plomb, alors comment imaginer ce que je serais capable ou non de faire ? J'ai le sentiment parfois que je n'y arriverai jamais. A avoir une vie un minimum "normale". Stable. Oui, c'est ça : stable. Je suis l'instabilité incarnée. Je peux craquer, crier, fuir ou pleurer, je peux avoir des coups de têtes dangereux, des impulsions incontrôlables. Dans ce foutoir, je ne parviens pas à me projeter. A m'imaginer travailler, conduire, sortir, voir des gens. La vie qu'ont les autres...
Autant le trouble bipolaire, j'apprends à vivre avec, autant leur trouble borderline là, je ne sais le gérer. Les émotions trop fortes, les impulsions, la dépendance affective, tout ça. Ça me bouffe. La phobie sociale, aussi. Mon psy me répète que j'avance, il doit en avoir marre de faire le perroquet d'ailleurs, me répétant mes victoires vu que "vous vous focalisez sur le négatif au détriment du positif". Et constater à quel point il faut se re-conditionner à voir les choses objectivement. Avoir un filtre négatif devant les yeux. Occulter ce qui est bon, ne pas même s'en rendre compte. A chaque fois, lui dire, vous avez raison, j'avance, mais ça me semble si insignifiant... on travaille là-dessus aussi au groupe d'estime de soi, à l'aide de nos tableaux divers et variés.
Peut-être que je commence à essayer d'ouvrir les yeux pour voir la vérité et pas seulement la noirceur. Je fais ce que je peux, j'essaie de le réaliser.
Mais la peur des autres... ça, je ne sais gérer.
J'évite les groupes de jeunes, réflexe de ma scolarité hachée par le harcèlement, si quelqu'un rit, je me sens visée, je m'habille plus comme avant, la période lolita et la période gothique, je me fonds dans la masse, refusant le moindre détail original... je dois passer inaperçue. Je n'arrive pas à sortir en jupe, ou robe, réflexes d'agressions passées.
Je sors en jean déchiré et tee-shirt, et c'est très bien, même si toutes les filles autour semblent sur leur 31, je me rends compte quand je vais à mes rendez-vous.
Je sors en jean déchiré et tee-shirt, et c'est très bien, même si toutes les filles autour semblent sur leur 31, je me rends compte quand je vais à mes rendez-vous.
Comment je faisais pour sortir habillée d'une longue robe gothique à volants avec corset et croix autour du cou, avant ?
Sérieux, comment je faisais ?


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