mardi 26 avril 2016

J'écris moins


26/04/16
08H43




Les angoisses sont revenues en force. Trop de rendez-vous, de groupes, trop de stress, de trajets, de conduite crispée.
Je pars dans deux heures pour un RDV, je suis incapable de faire quoi que ce soit en attendant : je crève de trouille à l'idée de conduire. Je me sens si fatiguée. Il a un peu de cannabis, alors je fume un peu, mais je ne parviens à me détendre. Tendue, sans cesse, toujours. Même la drogue ne me laisse m'échapper.

Le soir, à vingt heures et sans même m'en rendre compte, je m'endors. Réveil, cinq heures, journées interminables. Cet épuisement général, ces forces qui s'amenuisent, mais faut "avancer", faut serrer les dents et se forcer... j'y arrive plus. Trop pour moi. Ça me demande trop d'énergie. Je puise dans les réserves, presque vides. Je me sens comme une grenade. Quand tout va voler aux éclats ? 

vendredi 22 avril 2016

H.S


22/04/16
12H39



Tout le monde va mal. Je suis épuisée, mais j'essaie quand même, je sais pas : de soutenir, d'être là, d'aider. Mais j'y arrive plus. J'y arrive déjà plus avec ma propre vie, alors soutenir les autres, je me détériore. Je ne sais plus faire.

Les journées sont longues quand à 05H on est debout et déjà en train de bouillonner. L'envie de rien, qu'on essaie d'atténuer, et se forcer à faire des choses, mais échouer, en vain. Je ne sais plus qu'écrire la haine, la mélancolie, le dépit et la lassitude.

Je lis un peu, pas des heures, mais quelques pages et c'est déjà ça. Du reste, l'absurdité de la vie m'est une lucidité trop lourde à porter. Je nage dans l'indifférence en haussant les épaules, désinvolte, nonchalante. Avancer oui, mais avancer où ? Et pourquoi ? Hein ?

Trop de rendez-vous, de groupes, trop loin, je suis éreintée. Je n'y arrive plus, ils m'en demandent trop. Trop de stress, d'angoisses au volant, d'angoisses tout court. Et je vais devoir annuler certains RDV, parce que l'essence manque, et j'habite loin des cabinets ou autres centres.

Je suis fatiguée, tellement fatiguée, putain.

jeudi 21 avril 2016

Fatigues


21/04/16
07H16


Hier, je me suis sentie particulièrement ridicule. 

D'habitude, je ne prends la voiture qu'en y étant obligée. (groupes, rdv...) Là, je me suis foutu dans la tête que j'allais conduire sans obligation. Comme tout le monde. 

Alors je me suis préparée, et j'ai commencé un manège épuisant dans la cuisine. J'ai avancé vers la porte d'entrée, angoissée, et "je peux pas", et "j'angoisse". Je recule, m'assois sur les escaliers, essaie de respirer, sors les clefs de la voiture de mon sac, retourne vers la porte d'entrée, recule, tourne, gémissant à voix haute : "je suis tiraillée, si j'y vais je vais le regretter car je risque acheter, si je n'y vais pas, je vais le regretter car ça sera un évitement supplémentaire, et même, je me sens mal, j'ai la trouille alors que ce trajet est pas long, que je connais la route, j'ai peur, putain."

Donc j'ai tourné au moins une demi-heure dans la cuisine, allant de la porte d'entrée aux escaliers, des escaliers à la porte d'entrée, respirant fort, attendant que mes deux lyxanxia autorisés fassent effet, en vain. 
Et puis, j'ai décidé : je vais aller jusqu'à la voiture - déjà. Pour voir. Il y avait du monde au parking, j'ai fait semblant de pianoter sur mon portable, toujours pas décidée...

Et puis, prendre une grande inspiration, rentrer dans la voiture, m'attacher, mettre le contact et partir en me répétant des "ça va aller" comme un robot en burn-out. Je suis allée dans la zone commerciale de la ville du coin, direction la Halle, seul magasin m'attirant. Je me suis garée laborieusement. Et puis, j'ai essayé de calmer mon cœur qui battait trop vite en essayant la moitié du magasin. Allers-retours aux cabines. Pour au final m'offrir un pantalon noir - j'ai surtout des jeans - et un collier. Et retrouver la voiture, soupirer : "faut rentrer maintenant".

Je m'étais garée de façon stratégique, pour repartir sans avoir à faire de marche-arrière et près de la sortie, comme il y avait peu de monde j'avais pu poser ma voiture sur une place plus facile. Je suis repartie, je suis rentrée, j'ai à nouveau garé ma voiture avec difficultés, c'est con mais ma twingo, j'ai parfois le sentiment que c'est un pick-up... plus de peurs que de mal, en somme. Et une pointe de fierté d'être sortie sans y avoir été obligée. D'y être arrivée. Même si ça vaut ce que ça vaut, même si pour les autres, ça relève du naturel, ils angoissent pas, ils conduisent comme ils font la cuisine. Mais moi, ça m'est très anxiogène.

Du reste, j'ai le groupe "estime de soi" ainsi que désormais, le groupe "impulsivité". A ça s'ajoutent les rendez-vous avec mon psy habituel chaque semaine, ma coordinatrice, et le psychiatre qui gère mon traitement que je ne verrai bientôt plus car je devais chercher un psy hors de l'hôpital de jour pour le remplacer. 
J'ai donc un nouveau thérapeute que je vois début mai (il voulait me voir aujourd'hui, mais la route pour y aller est particulièrement merdique, je veux la faire deux, trois fois, avec Lui, avant...)  

Trop de RDV, trop de groupes, je sature, je n'y arrive plus. Cela me demande tant d'efforts, cela me crée tant d'angoisses, comme dès qu'il faut conduire. Et je vais devoir conduire beaucoup, et je vais devoir ravaler mes peurs, et j'ai peur d'avoir peur, et je perds la tête. Et mes RDV se multiplient comme des lapins, ça prend toute la place. Et j'arrive pas à suivre. Et je dégringole à essayer de suivre le rythme. Et je m'épuise.

Je voudrais des vacances de tout ça. 
On ne pourra pas dire que je n'essaie pas de m'en sortir, c'est un boulot à plein temps.

Mais voilà, je suis fatiguée, moi. D'être toujours sur la route avec la bouche asséchée, dans des trams bondés, dans des salles d'attente, d'être toujours obligée de parler, d'agir, de lutter, d'avancer. 

Je suis éreintée.

mardi 19 avril 2016

Moral en berne


19/04/16
14H14



Moral en berne ces derniers jours. Désintérêt. Envie de rien. Lassitude. Dépit. Fatigue. Et cie. Hier, j'ai cru devenir folle, j'ai comaté, piégée entre éveil et sommeil, n'arrivant ni à sombrer ni à me réveiller. Et cette routine, même quand il rentre. Ces soirées à s'ennuyer à deux. J'en peux plus. Envie qu'on se barre, n'importe où : qu'importe. Qu'on envoie tout bouler et qu'on s'casse loin d'ici.

Je suis rentrée du groupe. Conduite mitigée. Je suis arrivée à la gare la bouche sèche au possible. Le train me semble long. Peu de monde dans le tram : merci les vacances ! C'est fou comme à chaque vacances, tram ou rocade se vident de trois quarts. Si seulement c'était comme ça tout le temps.

Le groupe aussi, mitigé. On devait remplir un tableau tout bête (et faire des calculs : intérêt, maîtrise, plaisir... j'ai pas trop pigé pourquoi on devait faire des calculs à partir de ces catégories), bref, un tableau tout bête de ce qu'on aime faire. Des idées noires plein la tête, j'ai gardé mon stylo en l'air tandis que les autres commençaient à faire des listes. J'ai noté lire, j'ai réfléchi, j'ai voulu barrer, j'ai relevé mon stylo... les catégories attendent : plaisir, maitrise, intérêt, temps passé, écart.

"Plaisir ?" Mhum. J'sais pas. 6/10 ? 8/10 ? Ça dépend, j'en sais rien moi. Je note au pif. 
"Maitrise ?" Heu, j'en sais pas plus ! 6/10 ? Ça dépend des jours, j'en sais rien moi. 
Calculer plaisir + maitrise divisé par deux, ça donne "Intérêt". 
Ouai. Je calcule, enfin, j'essaie, les maths et moi... ensuite, "temps passé", encore une fois ça dépend... Merde à la fin... 
Calculer l'écart, "intérêt" moins "temps passé". 
Je pige pas toutes ces catégories et tous ces calculs. 
Je reste coincée, je sais pas remplir le tableau.
J'aime rien, voilà tout.
J'aime rien. 

Oh m'interpelle, fin de l'exercice. Je dis j'ai rien noté, j'ai pas le moral, j'trouve pas. Les intervenantes "comprennent". Et soudain je vois l'heure. "Pardon mais il est l'heure, je dois filer je veux pas rater mon train !" Le groupe se termine sous mon joug. Je cours jusqu'au 1er tram, puis je vois le second me filer sous le nez. Le train ne m'attendra pas. J'attends le tram d'après, m'engouffre dedans. J'arrive à la gare et vois mon train filer sous mes yeux. Envie de tuer le premier venu. Prochain train dans 30min, ça va encore, je m'en tire bien. Je m'assois, j'ai froid sous le soleil, un livre ouvert sur mon jean.

J'attends qu'ils m'appellent me dire si le groupe "impulsivité" débute ou non jeudi. Au pire, je les appellerai demain.
J'attends aussi l'appel d'un psychiatre, qui remplacera celui du réseau handicap psychique, pour mon traitement.

En attendant, j'ai envie de rien.
Je vais aller comater.
Faire la morte.
Un peu...

lundi 18 avril 2016

Mélancolies


18/04/16
11H44


Je voudrais juste qu'on me plonge dans le coma.
J'ai pas envie de faire des efforts.
J'ai pas envie de vivre cette journée.

Je vais me faire un cocktail, et faire la morte, et c'est tout.




Vide


18/04/16
06H57



La journée d'hier a été d'un ennui presque mortel. Même à deux, l'ennui est douloureux. Et cette fichue télévision que j'ai envie de jeter par la fenêtre, mettre un programme par élimination, regarder sans regarder, zapper, encore, entre deux soupirs, puis mettre quelques épisodes de Weeds. Je me sentais tristoune. Sans envie. Sans désir. Je sais que cette semaine, je vais encore - entre deux rendez-vous - tourner en rond en réalisant qu'au fond, je ne veux rien. Pourtant, une peinture m'attend, ainsi que des livres, d'éventuels dessins, mais le manque d'envie est tenace, je hausse les épaules et m'allonge dans le noir. Et ainsi j'attends, j'attends mais quoi, ça, j'en sans rien. Je vais sans doute lire aujourd'hui. Fuir dans un ou deux bouquins. Sans doute. 

dimanche 17 avril 2016

La souris parmi les chats


17/04/16
09H24




Le week-end se passe bien, me fait du bien. Lèche-vitrine hier, quelques livres achetés, petit restaurant - aussi. Bouger m'a fait du bien, moi qui passe mes journées sans rendez-vous enfermée. Il faisait beau, chaud, que j'ai hâte que le printemps s'installe....

Hier soirée où j'étais la seule fille, et bon sang, ce sont vraiment les soirées où je me sens le mieux - même s'il faut s'adapter aux propos graveleux masculins. Les filles étaient à un enterrement de vie de jeune fille dont j'avais décliné l'invitation, déjà parce que seule avec dix autres filles... voilà, et ensuite, je ne voulais pas gâcher cet évènement en faisant une crise d'angoisse en plein milieu. 

Donc je me suis retrouvé avec les hommes. Et leurs enfants, et bon sang, ça ne fait que me convaincre que je n'en veux pas quand je vois le bordel que c'est. J'avais de la peine tout de même pour le petit de deux, trois ans, incapable de s'endormir car sa mère était absente, et qui a passé la soirée avec nous jusqu'à notre départ à deux heures du matin, somnolant sur le canapé entre deux crises d'angoisse. Visiblement, sa mère le couvrirait trop, selon les dires. Au point qu'il se révélait incapable de s'endormir, en panique. Outre le manque d'envie, de fibre maternelle, je ne saurais avoir une telle responsabilité. Et j'ai trop besoin, instable et impulsive que je suis, de ma liberté. Je ne saurais être une bonne mère. Je ne veux pas d'enfants.

Bref ! Sujet clos.

Un bon repas, des grillades et des poivrons, de la bière, du rhum, du vin, de la chartreuse. Jeux. Délires. 
Je me suis sentie plutôt bien, j'ai été plutôt sociable. Je trouve les soirées "mecs" où je m’incruste plus zen que les soirées "filles". Les filles, ça se prend la tête, et me retrouver seule à écouter parler couches et biberon pendant des heures, non merci. A petit dose, je veux bien, je m'intéresse, mais je précise : à petit dose. Mais généralement, dans les soirées mixtes, je me retrouve entre-deux, parce que les femmes ne parlent que de maternité (et de mariage, tant qu'à faire) alors que les hommes ont des sujets de conversation plus variés. Et même, ça doit être mon ancien côté garçon manqué qui ressurgit, j'en sais rien. C'est tellement moins prise de tête et naturel, avec les gars. 

J'ai hâte de commencer mes livres, mais j'en ai déjà deux à finir avant. Frustration. Je pense les lire tous en même temps. Je pense. 

Petite pensée à mon psychiatre en clinique y'a dix ans, qui "admirait" le fait que je lise quatre ou cinq livres à la fois. Vous avez de la chance disait-il, moi je n'y arrive pas. J'ai reçu une carte de lui dernièrement. Mais je n'ai su décortiquer son écriture de médecin. Je lui ai écris, il m'a re-répondu. Encore une fois, c'était trop illisible. J'ai rangé ses cartes dans une boite secrète. 

Il me manque et me manquera toujours.


vendredi 15 avril 2016

Journée-sans


15/04/16
13H40



Ma chère et tendre agitation nerveuse est revenue en force. Mon absence totale de créativité et manque cruel d'envies quelconques... aussi. La colère ridicule contre tout et n'importe quoi, pareil. J'ai fait la vaisselle en râlant, cassé un mug, râlé car c'était un mug que j'aimais bien, envoyé valsé le reste de la vaisselle. Ce matin, faute à l'envie de rien stricte et profonde, j'ai somnolé deux heures. Entre éveil et sommeil, piégée. J'ai rêvassé que j'essayais de me tuer en sautant d'une falaise dans le grand canyon aux USA, mais sans jamais en mourir. Super. De quoi rendre la journée agréable ce genre de cauchemar. J'ai voulu me forcer. Écrire, dessiner, peindre, lire, mais non, je suis survoltée, compulsive, furieuse et épuisée. Vivement ce soir. Que dis-je. Vivement demain. De furieuses envies d'acheter que je tente d'amadouer comme je peux. Envie de prendre la voiture et aller au seul magasin de fringues ici, la Halle. Et pour que je sois prête à conduire sans y être obligée, c'est que l'envie d'acheter est folle furieuse. Il faut pas. Non. J'ai pas les sous. Je dois pas. Je vais retourner dans le lit et râler à voix haute. Me tourner, me retourner, et sauter encore du haut du canyon, sans que ça ne me tue, de toute façon.

Où est la vraie vie ?


15/04/16
07H40



Je me sens un peu comme Raiponce, des fois. Toute seule dans ma tour dorée et aseptisée, à tenter d'occuper l'ennui, mais pour des raisons différentes de l’héroïne de Disney. 
Cette peur vorace du monde extérieur, des loups et des monstres. Je regarde vivre autrui depuis l'autre côté de la fenêtre... mais ça changera. C'est en train de changer. 

Moi aussi, un jour, je descendrai de ma Tour. Pour affronter le monde. 

Et vivre, aussi.


 Ou comme Belle qui  "veut vivre autre chose que cette vie"

Et dont on dit :

"C'est bien vrai qu'elle est étrange, Mademoiselle Belle !

La tête ailleurs perdue dans son univers,
C'est une étrange demoiselle.
Elle est fantasque et bizarre.
Un fossé nous sépare.
C'est vrai qu'elle ne ressemble à personne."



Ou comme Mulan :

"Non jamais,
Je ne serais faite,
Pour le mariage...
Ni une fille bien sage.

Je le sais, cette vie n'est pas pour moi.

 
Quel est donc ce mirage ?
Cette image ?
Sans visage?
Pourquoi miroir réfléchis-tu, sans me voir ?


Je cherche en ma mémoire,
Qui je suis, pour savoir.


Perdue dans ces réflexions
Où mon âme s'égare .

Dans mon miroir d'illusions
Quelle fille je vais voir ?"





Voire comme Ariel :
" Comme j'aimerais, si je pouvais... partir là-bas !"

  

J'ai perdu mon ours en peluche


05/04/16
07H21
BO : Renaud
Météo : Gris-jaune





Balbutiements fatigués ce matin :

"Six heures, sérieux, tu vas te lever à six heures ?"

Je soupire et me lève sans rien dire. 
J'y peux rien, moi, si je me lève tôt, si je ne "profite" pas comme il aimerait, ou me conseillerait. 

Je l'ai à peine entendu rentrer vers minuit hier soir : je dormais depuis 20H30, un masque appliqué dans les cheveux. Je suis parvenue à regarder le film Cendrillon, sans trop me déconcentrer. Je me suis faite des tartines à la confiture de fruits rouges de ma grand-mère entre deux scènes du film. En tentant de garder mon calme : ça va aller, ça va aller, t'es seule mais c'est pas grave en soi. Et je sais pas, nausées, j'ai dû vomir la moitié de mon petit-déjeuner du soir, sans le vouloir, juste tendue et angoissée.

Demain, la tatoueuse retouche mon tatouage. Il est un peu passé, l'encre n'a pas tout à fait tenu. Seconde retouche, tout de même... j'espère que cette fois ça tiendra.

Envie violente d'écrire, si seulement l'inspiration se manifestait. J'essayerai. J'écoute Renaud, Lemay, Moustaki, Cabrel, Fauve, Saez... Je cherche les idées au travers de leurs mots. Parfois ça marche, parfois non. J'aurais aimé savoir chanter et jouer d'un instrument, mettre mes poèmes en chanson. Ils restent donc à l'état de paroles, de poèmes, sans rien de magique autour.  

Voici le dernier en date, rien d'exceptionnel, mais il est sorti fluide et sans heurts de mes doigts au clavier :



Allo ?
Allo, c'est moi,
Décroche, s'te plait,
Oui, décroche-moi.
 
Tu sais, j'me sens seule,
Toute seule avec ma peur,
Tu voudrais pas, chais pas...
...Avoir peur avec moi ?

Chaque soir,
Je couche avec la mort,
Chaque soir, j'te dis,
Et jamais je n'm'en sors.

J'ai peur, si tu savais,
Araignées dans ma tête,
Acariens sous ma couette,
J'ai peur, si tu savais,
D'ces voix, que toi,
Tu n'entends pas.

Allo ?
Allo, décroche,
Allo, c'est moi,
Et merde,

Et merde :
T'es pas là…

Chaque soir y'a ces fantômes
Qui rôdent autour de moi,
Et dans tout cet effroi
J'redeviens une môme,

De celles, tu sais,
Qui ne dorment pas,
A cause des Monstres
Cachés ici, et là.

Allo ?
Allo, c'est moi,
Décroche, s'te plait,

J'me sens toute seule ce soir,
J'ai déjà commencé à boire,

J'ai l'insomnie qui me chatouille,
Et colorié mes idées noires
Pour survivre à ce soir,
Allo, s'te plait,
Pourrais-tu décrocher ?

Tu sais, j'ai peur,
Des ogres qui se cachent
Tu sais, j'ai peur,
Qu'cette nuit,
Je trépasse,

Minuit sonne,
Et je déconne :

La corde est déjà attachée,

La mort est rev'nue me baiser,
Je sens son corps contre le mien,
Mais je préfère encore....
...Crever d'ici demain.

Tous les Monstres
Nous regardent,
Et moi
Ca m'rend malade,
Elle est plus forte que moi
Et en moi, son corps froid...
Mais je n'sais plus crier,
J'me contente... de pleurer.

Allo ?
Allo, c'est moi,
Pourquoi tu réponds pas ?

J'ai peur d'y rester,
J'ai peur, je crois,
D'craquer,
Si tu ne décroche pas,
Allo,
Je t'en prie,

Allo,
Répond-moi...



jeudi 14 avril 2016

Impulsive et borderline


14/04/16
14H20


Revenue de mon rendez-vous. Hier, l'animatrice de ce futur groupe sur l'impulsivité m'a envoyé par mail trois pages de tests à remplir :


 
Elle a analysé mes réponses, ce groupe ne pourrait que m'aider, certains de mes scores détonnent comparés aux normes...

J'ai aussi essayé de répondre au mieux à ses questions. Comment se manifeste l'impulsivité, ce qu'elle engendre, si je la ressens positivement ou négativement, si elle me parait faisant partie de moi ou si je veux m'en débarrasser... Le groupe risque débuter dès jeudi prochain. Ça en fait des trajets, tous ces groupes entremêlés. 

***

Ce soir, je serai seule. 
Monsieur et deux amis vont au cinéma voir un film qui ne me tente pas. Pas très enjouée à l'idée d'être (encore) seule avec la solitude dans mon dos. Je vais essayer de me faire un programme (ou dormir tôt, si possible) pour éviter de - justement - sombrer dans l'impulsivité : boire, avaler trop de médocs, manger trop... vomir. 

On verra bien comment ça va se passer. Je me sens triste à l'idée d'être seule ce soir. Je me sens triste à l'idée d'être seule si souvent. Trop souvent. Je ne sais pas à l'avance comment je vais réagir. Je sais juste que j'essayerai d'abréger la soirée. Ils vont aller au restaurant, ce restaurant où la serveuse draguait un peu mon homme la dernière fois. L'idée de ne pouvoir être présente m'angoisse. J'espère qu'elle ne sera pas de service ce soir, cette... conne.

mercredi 13 avril 2016

Retour aux origines


13/04/16 


Finis le rouge.
Le noir.
le violet.
Et les autres...




Oser le dire


13/04/16
09H49



Ça va. Ça fait bizarre. Pourvu que ça dure.

Si j'occulte certains détails très loin au fond de moi, si, si, ça va. Je me sens peut-être un soupçon plus confiante, moins négative. 
J'ai en quelque sorte réalisé qu'il fallait profiter du moment présent : on ne sait ce que nous réserve la vie, et dans mon cas, je sais que je dois doublement en profiter : je suis en danger, mais je ne veux pas parler de ça ici, ou ailleurs. 

Alors doublement, j'essaie de profiter, quand j'y arrive.

Sans parler qu'avoir trente ans désormais me fait réaliser à quel point le temps file. Si je ne fais rien, je vais me réveiller à regrets un beau matin ou un soir. Même si je devrais déjà me réveiller sur mon passé instable et destructeur qui n'aura rien apporté de bon. Sauf que non, je ne réalise toujours pas ce temps que j'ai gâché et perdu. En quelque sorte, ça fait parti de moi, ça a fait de moi celle que je suis aujourd'hui. Je ne vois pas ces années comme des années annulées, disons plutôt que je vois l'évolution, je me dis, il a fallu que je passe par toutes ces épreuves, sans elles, je ne serais pas celle que je suis, ou, je ne serais plus là. 

Même si je sais que la route est longue, même si je sais que je ne m'en suis pas encore sortie, même si je sais que je resterai bipolaire -  ça part pas au lavage, que lutter contre la phobie sociale est un travail à plein temps, lutter contre mes angoisses chroniques et le trouble borderline qui m'fait faire n'importe quoi. 
Je me sens peut-être plus sage, plus... philosophe. Mais comme je le disais au psychiatre hier : j'ai peur de dire "ça va", car tout peut si vite changer... car les idées noires et la noirceur peuvent si vite revenir... j'ose pas, j'ai peur que le dire fasse tout dégringoler. Bref... je le dis à demi-mot : ça va, je crois. J'ai une peur folle d'une crise imprévue, d'une période dépressive de plus. Je sais que je ne suis pas à l'abri de ce genre d'obscurités.

J'écoute Renaud en boucle. Et d'autres. 

Je réécris des poèmes, je re-peins un peu, je retrouve le goût de la lecture. Le vide s'éloigne un peu, donc. Ce vide qui me bouffait et me laissait à moitié morte sur le lit à fixer le mur.

J'essaie de respirer, lâcher prise, avaler tout l'oxygène réapparu, car sans pessimisme, je sais que mes humeurs varient malgré le traitement, je sais que je peux sombrer du jour au lendemain. Alors profitons. Tant que ça dure.

mardi 12 avril 2016

Estime de soi


12/04/16
14H19




Au final tout s'est bien passé : la conduite, le train, le tram. Un peu énervée, ils ont diminué les trains, et je ne peux me permettre d'aller jusque là-bas en voiture à chaque RDV, l'essence c'est pas gratuit. Ça serait dû à des travaux à la gare de Grenoble. Il va falloir que je jongle entre voiture et train.
Bref, j'ai (encore) angoissé pour rien. C'est fou quand même, cette appréhension (à chaque fois). J'espère parvenir à la maîtriser. La voir diminuer. Même si c'est déjà un peu le cas. 

Le groupe "estime de soi" m'aide vraiment, c'est presque dingue. Je me suis lancée à corps perdu dans tous les exercices, et je sens une évolution dans ma p'tite tête en travaux. Je vois les choses sous un autre angle. D'ailleurs si quelqu'un veut essayer, je mettrai les tableaux en fin d'article, le but étant de les utiliser le plus souvent possible, petit à petit, les choses changent et s'intègrent en nous.

Je commence à accepter que mes "petites victoires" sont pas si insignifiantes que ça, je commence à les repérer sans plus avoir à chercher, je commence à les intégrer comme de réelles victoires, que cela soit discuter avec la coiffeuse pendant une heure ou finir un livre. Ça peut semble rien, et pourtant ça n'est pas rien, surtout quand on souffre d'un manque d'estime de soi. Je réalise que je saute aux conclusions sans réfléchir, je réalise que je ne vois que le négatif, au détriment du positif, le but étant de se rendre compte de ce positif. Changer, évoluer, repérer que non, tout n'est pas tout noir. Non, c'est comme un filtre devant nos yeux qui nous fait voir tout en noir. Il faut parvenir à voir plus loin que ce filtre néfaste et délétère. 

Voici quelques tableaux, si jamais ça intéresse quelqu'un :


  

Robotique


12/04/16
07H57




Comme à chaque rendez-vous. Se rassurer. La conduite. Ça va bien se passer. Et le train. Et le tram. Et le groupe. Et rebelote sur le retour. Si, si, ça va bien se passer. Mes trois lysanxia autorisés dans le sang. En prendre un ou deux de plus ? Peut-être. En partant. On verra. La peur de conduire et la peur des autres entremêlées. Des peurs par si, par là, à droite, à gauche, en diagonale. Mais ça va aller, hein ? 
Dehors le ciel est bleu, ça fait toujours plaisir. Je vais arriver en avance, comme d'habitude. Il faut que je prenne un livre. Je crois. Mais ça va aller, hein, promis ? 
Je me rassure, je me répète des phrases qui perdent leur sens force d'être répétées, je ne sais pas si c'est la bonne technique. J'essaie - j'aimerais - me créer un personnage, me fondre en une autre, une qui n'aurait peur de rien, ni de personne. Une fille qui vivrait sa vie sans heurts ni craintes, la tête haute et les idées claires. J'essaie d'oublier celle que je suis, oh que j'aimerais la tuer symboliquement celle-là. La tuer, l'achever, une fois pour toutes, pour en créer une autre, me créer sous la forme d'une autre au niveau de mes pensées. Ne plus ressentir d'angoisse. D'angoisses. De craintes et de peurs infondées mais présentes. 
Ça va aller. Faut se dire ça. Je voudrais que les angoisses me fichent la paix. Qu'elles aillent embêter, handicaper quelqu'un d'autre. Œil pour œil. M'en fous. Tant que je ne suis plus leur victime. Parfois, je rêve qu'il suffise d'une opération au cerveau, qu'on m'ôte un petit truc qui bloque ou bug, et que les angoisses au réveil ne soient que du passé. J'ai déjà la bouche sèche. Respire... respire, bon sang.

Ça va aller. Hein. Ça va aller. 

lundi 11 avril 2016

Et tenir debout


11/04/16
21H38



Je n comprends pas. 

Chaque soir c'est la même rengaine. Vertiges. Nausées. Sensation de malaise. Je me suis brièvement endormie, une petite heure, et puis, je l'ai laissé jouer à la console : si je m'endors devant un film, ce sont des tensions ridicules et inutiles.
Là, j'essaie de veiller. De reprendre un rythme plus tardif, même si je crève d'envie de dormir depuis une bonne heure. 
Mais je me sens complètement épuisée, lessivée, éteinte, sans la moindre force. Alors, par-dessus, avoir envie de vomir et m'assoir souvent pour éviter de tomber... non, je ne comprends pas. Traitement ? Saison ? Déprime ? Pourquoi ? 
Je balbutie, j'ai de la peine à parler. Il s'en rend compte et me le fait remarquer. Je parle lentement, très lentement, parce que les mots ne peuvent pas sortir plus vite. Je bloque, parfois, je bafouille. Je suis crevée, si encore j'avais de bonnes raisons.

Âge en décalage


 11/04/16
13H28

"A 20 ans, je croyais tout savoir de la vie. 
A 30 ans, j'ai appris que je ne savais rien."

Frédéric Beigbeder




Je ne sais pas encore comment je vais "occuper" cette journée. J'ai mélangé des morceaux de vidéos toute la matinée, j'ai hâte de recevoir toutes les vidéos de cet enterrement de vie de garçon afin de leur réaliser le montage final.
Peindre ? Lire ? L'envie de rien est survenue et persiste. J'appréhende un peu demain, aussi. Cette fichue appréhension qui s'impose et doucement roule et roule en dedans. 

Des envies d'acheter. Des envies compulsives. J'ai caché ma carte bleue. Non, je ne la retrouverai pas.

Je me sens défaillir. 

J'ai passé le cap de la trentaine sans trop d'encombres, et soudain tout me saute au visage. Je suis adulte. Ça, c'est quelque chose d'irréel. Quand on regarde ma vie, le mot "adulte" semble peu approprié. Peut-être femme-enfant. Et encore, ça ne semble convenir. Je ne me suis pas vue grimper la montagne que je vais désormais dégringoler. Où est passée ma jeunesse ? J'étais si mal. Si autodestructrice. Que je ne l'ai vu m'échapper. Elle m'était indifférente, ma jeunesse. Et je pensais pas atteindre cet âge. Je n'y étais pas préparée. 
Je vois mes parents vieillir. Mon frère se renfermer. Les autres et leurs vies similaires et stables et bien remplies. Je me sens en décalage. J'ai peur de finir un jour, marginale, dans une rue, après avoir tout perdu à cause de mes pathologies. J'ai peur de la mort, ou non, en fait, j'ai peur du suicide. De l'acte. De la souffrance de l'acte. Mon psy dit que ce thème - le suicide - est obsessionnel chez moi. Je me perds dans des détails techniques. Et pourtant, je commence à l'accepter (un soupçon), la vie. A me dire, je peux peut-être en faire quelque chose, peut-être. La modeler, la sculpter. Mais c'est très vague, flou, abstrait. Un tableau surréaliste devant lequel on ne comprend rien. Mais qui nous fascine.

Dans mon groupe de parole, y'a une gamine de 21 ans. Je l'appelle "la petite". Et réalisant qu'à l'époque, en clinique, c'était moi qu'on appelait "la petite". Les plus âgés me prenaient sous leur aile. J'étais la jeune fille paumée, maintenant, je suis... femme. J'ai du mal avec ce concept. Femme. D'ailleurs ça veut dire quoi, femme ? Je me sens encore sous certains angles, adolescente. Je ne serai plus jamais "la petite", ça me rend triste. Et ce qui me rend triste aussi, est de constater que je galère toujours, que je verrai toujours des psys, cause du trouble bipolaire. Que mon utopie, une vie sans psys, restera une utopie.

Je veux redevenir la petite de quelqu'un.
J'ai peur des rides, de l'affaissement du corps qui se déchausse. Je ne veux pas de cet âge-là. Je veux une machine à remonter le temps, pour en profiter, au lieu de m’autodétruire de A à Z. J'ai rien vu. Rien vu. Strictement rien vu du temps qui a passé. 

Où étais-je ? Sur quelle planète ? 
Je réalise que le temps file et qu'il faut profiter. C'est le mot. Profiter avant qu'il ne soit trop tard. Mais à partir de quand est-il trop tard ?
Je dois vivre. Il faut que je vive. Que je sorte de mon isolement, mes évitements, ma phobie sociale. Il faut que je vive, vite, avant la fin.
Je ne veux pas faire de vieux os, devenir un légume, liquide. Donc il reste peu de temps, vu comme ça file. Il faut que tu vives enfin, je me répète. Que tu agisses, que tu exploses - dans le bon sens du terme. 

Comme un feu d'artifice.

Blabla du matin


11/04/16
08H56




Bon. Je me suis encore torturé l'esprit pour rien, je le savais, mais voilà c'était plus fort que moi. Je n'ai pas su gérer la solitude, alors qu'il n'y avait pas à s'inquiéter, alors que je ne devrais me mettre dans des états pareils. J'ai bu du tercian comme du sirop à m'en rendre malade et c'était ridicule. Il n'était pas là et je me suis sentie désarmée par son absence. Faut que je me soigne... ah merde, c'est déjà le cas !

Au final, il m'a récupérée à midi. On a rejoint le futur marié et l'hôte de la maison où ils ont fini leur journée d'enterrement de vie de garçon. Leurs deux compagnes nous ont rejoins, et on a passé - je dois l'avouer - un bon moment au soleil sur la terrasse autour d'un barbecue et les montagnes tout autour. Discussion autour du mariage du couple d'amis, à la recherche de noms pour les tables. J'énonce. Constellations ? Pierres précieuses ? Je discute un peu, mais sans plus : je ne serai jamais extravertie, je resterai réservée, même quand je serai plus à l'aise. Je suis et timide, et réservée. Ou je suis et phobique sociale, et réservée. 
Enfin... même quand je serai moins angoissée par les autres - même ceux que je connais - je pense que je resterai sage, dans un coin, à peser mes mots, à les trier sur le volet.

Il n'empêche, je dois avouer que c'était sympa. Je suis celle qui fera le montage-vidéo de l'enterrement de vie de garçon. Je n'ai pas encore toutes les vidéos mais j'ai hâte : j'adore ça. J'avais déjà fait un montage vidéo accompagnée d'une autre amie pour un anniversaire, on avait réussi à faire un super truc. Je vais déjà voir avec ce que j'ai sous la main...

Demain, groupe estime de soi. 
Groupe qui, je crois, me fait beaucoup de bien, je sens un peu la confiance revenir, je sens le mode de pensée qui évolue...
D'habitude, même avec les commerçantes, secrétaires, coiffeuses, pharmaciennes... je suis froide comme du marbre car terrifiée à l'idée de parler, d'énoncer la moindre phrase. Là, je me sens mieux, il y a quelque chose qui a changé. Je parle d'un ton naturel, j'échange des banalités, je n'ai plus cette grosse boule qui me rend presque hautaine et inaccessible, super angoissée en dedans. Ça peut sembler rien pour les "gens normaux", mais pour moi et ma phobie sociale, c'est une avancée. Discuter trois heurs avec une coiffeuse, c'est tout nouveau. D'habitude, je crois, on doit sentir que je suis mal alors on ne m'aborde pas, on n’insiste pas. 

Je réalise des choses. Je réalise que je vais peut-être un peu plus vers les autres. Je ne sais comment dire. Cette aura de froideur se dissipe doucement. Après, j'ai tellement peur que ce ne soit qu'éphémère... Je n'ose jamais envisager quelque chose comme acquis, je connais trop l'instabilité. Je ne parviens à réaliser le positif parce que j'estime qu'il ne durera pas. 
En plus de me dire : c'est insignifiant. On me répète que, si, si, ce sont des victoires, que, si, si, je peux être fière, mais parfois, je me dis que tout peut si vite changer que ça ne vaut pas la peine de s'attarder dessus.

Du reste, je termine ma coiffure mercredi avec rajout de quelques mèches. Et alors le changement de tête sera terminé.

Jeudi, j'ai un rendez-vous pour parler du groupe "comment gérer son impulsivité", savoir ce que c'est, si je me sens concernée... je pense que oui, je dirais même un gros oui. Car l'impulsivité liée à leur fichu trouble borderline à la con là, je ne la gère pas du tout. Suffit de regarder le week-end, l'abus de tercian, tout ça. Les émotions trop fortes me font faire n'importe quoi : boire trop, mélanger les médocs, vomir... Je pense que cette séance pré-groupe est inutile : j'irai. Je veux en être.

Je sens que le ciel noir au-dessus de ma tête s’éclaircit, mais je sais aussi que les nuages noirs peuvent survenir sans prévenir. Alors je ne prévois rien. Je continue de vivre au jour le jour en espérant que les humeurs se tiendront, que le mal de vivre ne va pas me tomber dessus sans prévenir. Même si ça reviendra. Ça revient toujours... et alors c'est tellement dur. Pour moi. Pour lui. Pour nous. Pour tout. Pour la vie.
Mes crises épuisent mon couple, et je sais qu'il pense parfois à la rupture, et je ne peux le blâmer : je comprends totalement, je suis la première à penser à lui. Je sais aussi que "s'il avait su" avant qu'on ne sorte ensemble, il "aurait dit non". Je sais que c'est dur pour lui. Il s'intéresse à mes pathologies, il est présent, mais ça l'affecte, sans parler de son passif... tout cela n'est pas évident.

J'espère que demain va enfin vouloir dire quelque chose.
On verra. 

Et à côté de ça, la peur. La peur de vieillir, ou plutôt, la peur d'être déjà vieille. La peur du temps perdu, de la jeunesse gâchée, passée sans que je ne m'en rende compte. Me dire : merde, j'ai pas vu le temps passer, j'étais où, je faisais quoi ?
Trente ans, putain. J'ai trente ans, putain. Je fixe le miroir, je cherche d'éventuelles rides, j'ai peur de périmer aux yeux de la société, j'ai peur du corps qui s'affaisse, se déchausse, j'ai peur qu'il parte avec une petite jeune, je me sens mal d'avoir atteint cet âge-là. 
Non, je ne suis plus et ne serai plus jamais une gamine de vingt ans. C'est fini, tout ça. Définitivement fini. Je jalouse les petites jeunes. Ou plutôt leur âge.  Je réalise à retardement que si, si, j'ai trente ans. Ça fait mal, quelque part en dedans, de réellement s'en rendre compte. D'être en face de l'évidence. C'est comme un choc. Comme une mauvaise blague.

Et angoisser : à trente ans, les autres sont posés, ont un travail stable, sont mariés, ont des enfants, et la maison à crédit... moi, je suis un électron libre qui s'agite dans tous les sens et se cogne aux murs. Je n'ai pas la stabilité, je ne connais pas le monde du travail. Les enfants, j'en veux pas, le mariage, non plus. Mais je me sens "en retard" sur les autres... je courre, je tombe, je courre, je dégringole. 

J'espère un jour effleurer une vie moins écorchée, moins instable.
Effleurer une vie - je n'ai pas trouvé d'autre mot -  un peu plus "normale".