01/04/16
08H52
C'est pas un poisson d'avril. Je reprends un blog.
Caché de tous beaucoup qui me connaissent. Oui. Là, dans un recoin sombre où l'on ne me voit pas. Pour noter le blanc et le noir. Le gris, peut-être, si j'y arrive.
Pour lâcher le trop-plein, pour décrire le vide, pour extérioriser ce qui veut gangréner. Pour évacuer les tensions, décrire la mélancolie.
Non, c'est pas un poisson d'avril, je joue à cache-cache pour ne pas être découverte. Bien dissimulée ici, je crois que je vais m'autoriser à écrire, à nouveau.
Je n'ai pas de nom. Je suis anonyme. Ils disent que j'ai un trouble bipolaire, j'ai toute une armée de pilules rangées en ligne qui m'attendent chaque soir. Ils disent, aussi, que j'ai un trouble grave de la personnalité borderline. Et c'est terrible, ça, c'est être écorchée vive, c'est être une putain de grenade. Et la phobie sociale, aussi, qui handicape le quotidien. J'ai toujours été bizarre. Si l'on peut dire : bizarre. J'ai toujours eu des soucis psy, déjà à l'école maternelle, je voyais cette femme effrayante avec ses jouets dangereux. Je suis une névrosée, un point d'interrogation, une bombe à retardement. Je suis un brin misanthrope, magicienne et voleuse d'instants, je croque la pomme empoisonnée, je chute et me relève, mais ça devient difficile.
Je n'ai pas de nom. Je suis anonyme, oui. Trente ans depuis à peine quelques jours, et pourtant, toujours les mêmes maux dans la tête, les mêmes écrits que sur mes journaux intimes d'adolescente paumée et instable. Les mêmes doutes et incertitudes, les mêmes questions, le même vide existentiel, désintérêt. La même âme torturée, qui sans cesse cherche à comprendre l'absurdité de la vie.
Je viendrai écrire ici pour déverser le vase pour éviter la goutte de trop. Oui, c'est bien comme ça.
A l'envers. Je cherche. Ou pas. Une raison de ne pas m'éteindre à
petit feu. Quelqu'un pour me sauver. Non. Rejeté. Quelqu'un pour me
comprendre. Peut-être. Ou faire semblant. Qu'importe. A voir. Je
cherche. J'ai déjà trouvé. Ici, et là. Et là, encore. J'sais pas. Je
cherche. En diagonale. Des yeux pour me croquer. Quel qu'ils soient. Ou
pas. Certains. Pas tous. Ceux qui n'ont pas le droit. Et s'en moquent.
Je cherche. En bas. Je compte. Décroissances et maux de tête. Je compte.
Les six pieds et davantage. Parfois, en haut. Insulter les étoiles,
petites connes. Et les planètes qui font les mortes. Qui disent amen au
soleil. Et se sentir glisser. Constater des mains, chaudes et sincères.
Tendues, à quelques doigts. Des mots aussi. Qui donnent envie de
sourire. Qui donnent envie. De tout. De se calfeutrer, de se camoufler.
Étreindre une seule fois l'interdit. C'est tout. Du vent, surtout. La
reconnaissance qui chatouille. Furtive. Météore. Avoir envie de. De dire
merci. Merci et puis rajouter, comme ça. Rajouter désolée. Avant de
détourner le visage. Moue tristounette, en contrebas. Là où tout est
flou. Autant qu'ailleurs. D'ailleurs.
Décider de ne plus
décider. Trop de clefs. Inutiles au trousseau. Et soudain n'avoir plus
rien. En dedans. Plus l'ombre d'un sentiment. Aucun coup de soleil. Ou
tornade émotionnelle. En profiter. Et respirer. Jeter la ventoline.
Monoxyde de carbone. Se délecter. Devant le miroir, s'entraîner.
Simuler. Un sourire, ça pèse moins lourd. Les mots, ça pèse des tonnes.
Être la sorcière du conte. Celle aux poisons. Celle qui s'est habituée.
L'ombre est définitive.
A l'envers. Je me perds. Je fais
des mélanges. Et même en onomatopées, ça reste rien. Juste du flan. Du
vert. De celui qui danse avant de faire vomir. Dessert des mille et une
nuits. Gâterie des mouroirs. Du flan, en somme, encore.
Je
m'envole un peu. L'herbe l'est. École buissonnière. Les liqueurs.
Fugue. Au moins de plusieurs semaines. Ou ça compte pas. Je laisse les
gens. Dans ma tête. Mes employés sans identité. Faire leur vie. Faire la
fête. Chacun son tour. Imagination en jachère. Sa gueule béante. Je
cherche. Je cherche sans savoir. J'ai pas d'idée sur le papier ou sur
l'ardoise. Rien à développer. Je lance des mots du dictionnaire. Même si
ensemble. Ensemble, c'est aussi vert que du flan. Je me sauverai. Un
autre jour. Un jour ou l'autre. Je trouverai. Une autre année. Je serai
autre. Dans un futur antérieur. Passé simple et imparfait. Un futur à la
conjugaison impressionniste.
Je tapote. Et ça revient au
même. C'est comme lever son verre. Sans quelque cristal pour clinquer.
On ne peut jamais nous apercevoir. Dans le noir. Mais nous sommes là.
Nous connaissons les contours de vos myopies. Dissimulés par le suicide
des lueurs surexposées. Et je retourne sous la nuit. Et je fusille les
constellations du regard. Elles ne me voient pas. Je suis tapie. Dans
l'ombre. Pas même mes crocs. Ne luisent. Mais ils sont. Ils n'attendent
qu'une gorge.
Les animaux sauvages ne supporteront jamais de laisse.
Quant au goût du sang, c'est comme les marqueurs indélébiles…

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