jeudi 21 avril 2016

Fatigues


21/04/16
07H16


Hier, je me suis sentie particulièrement ridicule. 

D'habitude, je ne prends la voiture qu'en y étant obligée. (groupes, rdv...) Là, je me suis foutu dans la tête que j'allais conduire sans obligation. Comme tout le monde. 

Alors je me suis préparée, et j'ai commencé un manège épuisant dans la cuisine. J'ai avancé vers la porte d'entrée, angoissée, et "je peux pas", et "j'angoisse". Je recule, m'assois sur les escaliers, essaie de respirer, sors les clefs de la voiture de mon sac, retourne vers la porte d'entrée, recule, tourne, gémissant à voix haute : "je suis tiraillée, si j'y vais je vais le regretter car je risque acheter, si je n'y vais pas, je vais le regretter car ça sera un évitement supplémentaire, et même, je me sens mal, j'ai la trouille alors que ce trajet est pas long, que je connais la route, j'ai peur, putain."

Donc j'ai tourné au moins une demi-heure dans la cuisine, allant de la porte d'entrée aux escaliers, des escaliers à la porte d'entrée, respirant fort, attendant que mes deux lyxanxia autorisés fassent effet, en vain. 
Et puis, j'ai décidé : je vais aller jusqu'à la voiture - déjà. Pour voir. Il y avait du monde au parking, j'ai fait semblant de pianoter sur mon portable, toujours pas décidée...

Et puis, prendre une grande inspiration, rentrer dans la voiture, m'attacher, mettre le contact et partir en me répétant des "ça va aller" comme un robot en burn-out. Je suis allée dans la zone commerciale de la ville du coin, direction la Halle, seul magasin m'attirant. Je me suis garée laborieusement. Et puis, j'ai essayé de calmer mon cœur qui battait trop vite en essayant la moitié du magasin. Allers-retours aux cabines. Pour au final m'offrir un pantalon noir - j'ai surtout des jeans - et un collier. Et retrouver la voiture, soupirer : "faut rentrer maintenant".

Je m'étais garée de façon stratégique, pour repartir sans avoir à faire de marche-arrière et près de la sortie, comme il y avait peu de monde j'avais pu poser ma voiture sur une place plus facile. Je suis repartie, je suis rentrée, j'ai à nouveau garé ma voiture avec difficultés, c'est con mais ma twingo, j'ai parfois le sentiment que c'est un pick-up... plus de peurs que de mal, en somme. Et une pointe de fierté d'être sortie sans y avoir été obligée. D'y être arrivée. Même si ça vaut ce que ça vaut, même si pour les autres, ça relève du naturel, ils angoissent pas, ils conduisent comme ils font la cuisine. Mais moi, ça m'est très anxiogène.

Du reste, j'ai le groupe "estime de soi" ainsi que désormais, le groupe "impulsivité". A ça s'ajoutent les rendez-vous avec mon psy habituel chaque semaine, ma coordinatrice, et le psychiatre qui gère mon traitement que je ne verrai bientôt plus car je devais chercher un psy hors de l'hôpital de jour pour le remplacer. 
J'ai donc un nouveau thérapeute que je vois début mai (il voulait me voir aujourd'hui, mais la route pour y aller est particulièrement merdique, je veux la faire deux, trois fois, avec Lui, avant...)  

Trop de RDV, trop de groupes, je sature, je n'y arrive plus. Cela me demande tant d'efforts, cela me crée tant d'angoisses, comme dès qu'il faut conduire. Et je vais devoir conduire beaucoup, et je vais devoir ravaler mes peurs, et j'ai peur d'avoir peur, et je perds la tête. Et mes RDV se multiplient comme des lapins, ça prend toute la place. Et j'arrive pas à suivre. Et je dégringole à essayer de suivre le rythme. Et je m'épuise.

Je voudrais des vacances de tout ça. 
On ne pourra pas dire que je n'essaie pas de m'en sortir, c'est un boulot à plein temps.

Mais voilà, je suis fatiguée, moi. D'être toujours sur la route avec la bouche asséchée, dans des trams bondés, dans des salles d'attente, d'être toujours obligée de parler, d'agir, de lutter, d'avancer. 

Je suis éreintée.

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