dimanche 26 juin 2016

Lettre à mon psy


06/06/16





Tabac racheté. A découvert un peu plus... J’essaie de ne pas trop fumer mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Et toujours cette obsession, d’avaler tout mon traitement. C’est abstrait dans ma tête, mais je me dis que je n’y arrive plus, et qu’il faut savoir dire stop, sauf qu’on ne peut pas dire stop de plusieurs manières. Et bon, je finirais aux urgences, j’avalerais du charbon, je bouderai un ou deux jours sur un lit et je rentrerais… mais lui ne le supporterait pas, alors je me ravise, et je pense à autre chose.



Je continue à ne pas vouloir de la vie. A la trouver absurde et sans intérêt. A vénérer la mort. A me décourager. Je suis résignée, je commence presque à voir ma situation actuelle comme définitive : je ne peux pas faire mieux, je ne sais pas faire mieux, je passerai ma vie enfermée ou à la rue selon la suite de mon couple, ou disons plutôt je mourrai. Dans ma tête c’est inscrit depuis toute petite, je vais mourir suicidée. Ca me semble une évidence, que ce soit dans deux mois, deux ans, dix ans… ça me semble logique.



J’ai vu ma coordinatrice vendredi, ça n’a servi à rien. Elle-même, je le sens bien, ne sait plus quoi faire de moi. J’ai vu un sondage, la majorité des français se disent joyeux. J’ai écarquillé les yeux en me demandant pourquoi pas moi. Il y a un parasite. Mais personne ne le voit. Ni ne le considère.



Les idées noires stagnent et persistent. J’y pense. Je réfléchi. J’analyse. J’oublie le mal que ça ferait à ceux qui m’aiment, je suis concentrée sur moi, et personne d’autre. C’est mon dessein. C’est ainsi. Ca se produira un jour. En attendant j’analyse, je calcule, j’imagine. Etre résignée, c’est un peu n’avoir plus rien à perdre. C’est se faire une raison et accepter les choses telles qu’elles sont. J’ai accepté le fait que je suis une angoissée chronique qui ne sait pas vivre seule, qui a besoin d’assistance permanente. Et ce n’est pas ce que j’aurais voulu. Mais voilà, c’est ainsi. Alors autant abréger le supplice. Même si je ne sais pas encore comment. J’y médite. Sans mélancolie ni mal-être, j’y pense sans douleur, juste comme d’autres penseraient au lieu de leurs futures vacances ou le prénom de leur chien. J’y pense sereine, je pense à ma mort dans une sorte d’état d’apaisement. Certains s’achètent une voiture, d’autres sautent d’un pont, chacun son choix. Voilà comment je vois les choses. Mourir est un choix que l’on ne devrait pas remettre en question. Surtout quand la personne a toute sa tête. En 2016, les mœurs sont préhistoriques dans ce domaine. « Se suicider ? Etre euthanasié ? Non mais vous êtes fous, jamais, ça ne se fait pas?? » C’est ridicule… chacun devrait pouvoir choisir. Je ne comprends en quoi ça choque. On devrait pouvoir mourir sans la souffrance d’un suicide. Le traumatisme d’un suicide. Les chiens que l’on pique souffrent moins. 
Et c’est moi qui divague ? 

samedi 18 juin 2016

Ta-bac !


18/06/16
07H27


Quatrième jour "sans" tabac. Disons, quatrième jour où j'ai fumé deux clopes. Deux clopes en quatre jours, c'est pas mal non ? Comparé aux 40 quotidiennes d'auparavant ? Je bois encore plus de café qu'avant. Les chewing-gum goût fraise me donnent la nausée. Parfois ça va, parfois non, parfois c'est atroce. 

Je me demande à partir de quand ça va commencer à se modifier, à partir de quand le manque se fera moins fort, à partir de quand je me ressentirai plus ce besoin malsain de m'en griller une, à partir de quand je penserai à autre chose de mes journées... ?

J'ai cette peur stupide que le manque ne parte pas. 
De toujours être sous tension, à grincer des dents sur mes chewing-um, tremblant de tout mon long, à rêvasser d'une clope... il faut que le manque un jour parte, si, si, je vous le demande, à vous n'importe qui, dieu des fumeurs, il faut que ça s'atténue parce que c'est dur, je galère, je me sens mal, je rêve et tuerais pour une ou deux taffes... 

Bref. Cela occupe mes journées du réveil au coucher.
Je n'ai que ça en tête pour le moment.
Je dois rester forte.... il faut rester forte... (soupir)

vendredi 17 juin 2016

Arrêt tabac


17/06/16
14H17



L'arrêt du tabac est (très) difficile. Je viens de craquer, au troisième jour, en demandant une clope au voisin. Et c'est terrible le "bien" que ça fait. 

Passer de quarante clopes par jour à rien du tout, sans aide, c'est difficile, tellement difficile. J'essaie de tenir, j'ai envie de hurler, de pleurer, je tiens, je vacille, je mâche et mâche du chewing-gum à en avoir la nausée. J'ai terminé tout le café, comme si mon cerveau associait encore les deux, comme s'il me disait : bois du café, généralement tu fumes après... comme s'il me faisait avaler des litres et des litres de café en attendant sa récompense.

L'envie de rien est lourde. Je me sens perdue, déboussolée. Il va falloir que je tienne. Il fa falloir tenir bon.
 

mercredi 15 juin 2016

RDV


15/06/16
09H37



Hier, ce fut un rendez-vous étrange chez le psy.

Je lui avais imprimé deux textes plus littéraires et automatiques que mes pensées habituelles notées brièvement. Et c'est fou mais j'ai senti que j'avais un fan. Il n'a cessé de me complimenter sur mon style, cette poésie, cette justesse des mots... et moi, qui ne savais plus où me mettre, sauf que, quel bien ça fait d'être ainsi mise en avant. Il a relu des passages à voix haute, m'a félicitée, encouragée, il semblait si sincère et si admiratif, ça m'a mis du baume au coeur. 

Donc la séance s'est terminée sans que l'on ne parle angoisses, voiture, arrêt de tabac, crises de panique, trouble bipolaire, borderline... et tant mieux d'ailleurs !
 

Et arrêter de fumer


15/06/16
08H03



Un chewing-gum à la fraise dans la bouche. Mes dents grincent. Reste calme, je me dis. Reste calme, ça va aller, c'est juste une sale période à passer. Ça va aller, si, si. Le manque de cigarette est douloureux, c'est comme marcher sur des œufs, c'est comme être démineur, c'est... c'est en suspension, ça peut voler en éclats d'une seconde à l'autre, alors il faut respirer, rester calme, ne pas se tromper de fil sur la bombe en nous, ne pas écrabouiller les œufs sous nos chaussures, non, il faut faire des mouvements lents, il faut éviter tout ce qui pourrait nous faire défaillir, il faut respirer et penser à la liberté qu'on veut retrouver. Mais surtout, maintenir un état stable. Se dire, se répéter, ce n'est pas grave, ce n'est rien, il faudra juste attendre que le manque disparaisse. Et la peur soudain que le manque reste à jamais. Je le connais tant ce manque-là que j'ai du mal à l'imaginer dégager. J'ai du mal à imaginer une journée où au réveil je me lève, et ne ressens pas l'appel de la cigarette alliée au café. Bref. Passons déjà les trois premiers jours. Tout en continuant d'aller doucement, tel un paresseux, pour éviter de trop balloter la grenade en dedans. Oui. Doucement, tout doucement. Rester calme. Respirer. Ça va aller.

mardi 14 juin 2016

Bla et Bla


14/06/16
14H41



Plus qu'une clope.
Plus qu'une clope...
J'attends, pour la savourer. Et après : advienne que pourra. J'espère juste ne pas être catapultée dans la dépression, avec ses idées noires, ses crises de larmes et tout le reste. Toujours pas de nouvelles de sa conseillère, et l'annonce de la voiture tarde à être publiée. J'ai senti sa panique à sa voix ce midi au téléphone. Et moi pendant ce temps là je cogite sur ma vie. Je ferais mieux de me chercher un taf et dire aux angoisses qu'arrive un moment où je ne peux plus leur donner raison.

J'écoute Renaud, j'ai envie d'écrire mais ma muse est empoisonnée, à demie morte. Envie de mots qui chantent et s'accordent. Envie de mots qui fleurissent comme les champignons du pays des Merveilles. J'ai mis mon long pull informe. J'adore les pulls informes, au grand désespoir de mon homme. J'ai froid. Les cheveux noués. Pas de mascara ni de rouge aux lèvres, juste le teint travaillé pour faire moins fantomatique.

Ce soir rendez-vous psy. Je lui imprimé de quoi lire. Il doit se lasser. Deux ans qu'il me suit, je crois. Pourtant lui sait discerner les mieux, il me les conte quand je vais mal, et ça me fait du bien. Mais il doit se lasser. Et de me remonter sans cesse le moral, et de mes obsessions, mes idées fixes, mes idées tristes. Mon désintérêt, mon dépit, ma lassitude. 

Demain, groupe.
Ca me sortira.
Je me sens pas bien. Pas... bien. Un peu en apnée, je ne saurais comment dire. Vide. Creuse. Démotivée. Tout un tas de trucs du genre.
J'ai déchiré des dizaines de "dessins". Ça veut pas aujourd'hui. Je regarde ma vie et me demande quel sens elle a.

J'envoie valser


14/06/16
11H01

" Je rêvais d'un autre monde."
Telephone



Toujours pas d'explication claire sur le souci financier. On a tout décortiqué, calculé, et on pense de plus en plus à une fraude. Ou alors on comprend pas. C'est tellement... illogique ! Sa conseillère rentre de vacances aujourd'hui, il va essayer de l'avoir. Il est dans un sale état. Paniqué. Le soir j'essaie de l'apaiser, lui changer les idées, mais il a peur d'être rayé de la banque de France. On verra... comme je lui, essaie de ne pas y penser : on ne sait rien pour le moment. 

Journée-sans, du reste. J'ai déchiré et déchiré des dessins - si on peut appeler ça des dessins. Ça ne veut pas, ma main ne veut pas, et il manque tout, l'envie, l'éclat, le délire créatif, je suis vide, vide, terriblement vide. Ma créativité me manque. Leurs médocs me gâchent la vie tout en l'améliorant. Pas facile. Mais comme le dit Marie dans "j'ai choisi la vie" :

Les médicaments sont un enfer pour moi, mais à un moment, il faut être pragmatique : entre "prise de poids" et "hôpital", je préfère "prise de poids". Entre "problèmes de mémoire" et "tentative de suicide", je préfère "problèmes d mémoire". Entre "troubles de conscience" et "folie pure", j'ai choisi "troubles de la conscience." J'ai pris le parti des médicaments.

Énervée, agitée, envie de tout envoyer valser. Psy ce soir. Pas envie. Juste envie de tout détruire, tout casser, tout broyer et cogner. 

Plus que quatre clopes. J'ai peur. Peur des crises de larme ou d'idées noires. Peur de pas être assez forte. Peur que ça me catapulte dans la dépression.

Je suis fatiguée, je veux que cette journée passe, et les autres, et merde, et j'en ai marre, il faut que tout s'éclaircisse enfin, tout, à commencer par l'éclat de la vie.


lundi 13 juin 2016

* Improviser *


13/06/16
10H57





La panique habituelle. J'avais un RDV à onze heures, et quand il a fallu partir à 09H20, avec trois seresta et quatre lysanxia dans le sang (pour rien), j'ai senti que j'allais m'écrouler. Conduire ? Non. Non... non, j'peux pas. Pas aujourd'hui ou pas maintenant ou pas du tout : j'en sais rien. Mais là non je peux pas mon corps est en alerte rouge.

Alors j'ai appelé et proposé... un rendez-vous téléphonique ! Par chance, l'intervenante a été okay, elle m'a renvoyé des tests à remplir et va m'appeler sous peu. Je me sens... dépitée d'éviter encore la conduite, mais quand on panique c'est dangereux. Je peux avoir de très mauvaises réflexes au volant qui me mettent en danger, moi et les autres d'ailleurs. C'est mieux comme ça, et jeudi pour le groupe, je retrouverai mon cher et tendre VSL...

On attend toujours de savoir l'étendue des dégâts par la banque. On attend dans l'angoisse. Il a fait une avance sur salaire de 500 euros, en attendant. Du reste ne reste qu'à espérer que ça soit moins "grave" qu'ils le disent. Demain, il essayera de chopper sa conseillère qui rentrera de vacances pour la faire parler ou obtenir un rendez-vous plus tôt.

Une phase de vie incertaine et délicate. On verra... advienne que pourra, comme on dit.
 

Pull addict


13/06/16
10H55

J'adore les pulls moelleux et larges et tous doux... 



...mais en plein mois de juin... bof ! 

dimanche 12 juin 2016

La Vague


12/06/16
08H21



Une enclume financière vient de nous tomber dessus. Vingt euros à deux pour finir le mois. La banque qui refuse de dire l'étendue des dégâts au téléphone. Pas de RDV avant le 21 juin. La panique, les vacances remises en question, la vente de la voiture accélérée, le sentiment de malaise et de chute dans le vide... si c'est un découvert, alors il doit dépasser son salaire. Ou autre chose. Mais si seulement on savait. Si seulement ils nous disaient à quel degré sont les dégâts. Je suis dégoûtée. Je refuse qu'on fasse une croix sur les vacances et le mariage de ma Princesse. Je suis témoin. Quant aux vacances, ce sont les seules deux semaines où l'on se barre, se retrouve, loin du quotidien. Les deux seules semaines où l'on respire enfin, loin de tout. Non, je refuse. Je refuse. 

Je refuse.... ! On attend, donc. On attend le verdict final...

samedi 11 juin 2016

Elle


11/06/16
07H14



Elle.

Oui, c'est elle qui me réveille le matin, et me borde le soir.
Parfois, elle me chante une comptine, quand ma tête est bien calée sur l'oreiller, un peu avant minuit. Des histoires d'horreur où règne la peur et où le sang coule à flots, des drames ou autres tragédies dont elle seule a le secret. Quand elle me chuchote ses histoires, j'en ai la chair de poule.
Sous ses murmures qui m'endorment, je glisse alors doucement vers ces cauchemars qu'elle a préparés rien que pour moi. Je m'endors et aussitôt, le mauvais rêve se referme sur moi, et je tourne et tourne dans le lit, prisonnière de ses jeux cruels.
Je m'agite, je tente de sortir du songe en lequel elle m'a propulsée, mais sans jamais y parvenir. Je me pince, mais rien n'y fait.
Ça dure toute la nuit. Ça dure jusqu'à ce bref instant là, juste avant l'aube, quand elle bondit sur moi sans prévenir et me réveille en sursaut avec un large sourire laissant apparaître ses dents pointues. Je tremble alors et en sueur, m'éveille déjà en panique. Elle éclate souvent de rire, d'ainsi m'éveiller en plongeant son regard électrique au fond, au fin fond de moi, ses dents acérées en éventail, encore tâchées de vieilles tâches de sang par si, par là.

Elle…
Oui, c'est elle qui suis mes traces, ces traces que j'essaie de nettoyer derrière moi, pour ne surtout pas qu'elle me retrouve.
Elle aime ça, partir en chasse, sa capuche noire cachant son visage et ses yeux d'un bleu presque irréel, le genre de bleu qui fait peur tant il est surréaliste. Elle chasse ainsi comme elle l'a toujours fait, avançant lentement, le dos courbé. Elle analyse le sol, les branches cassées, les fourrés... tandis que moi je me perds toujours dans les bois quand tombe la nuit. Alors oui, tôt ou tard elle finit par me débusquer. Et alors je m'agenouille, vaincue, abasourdie, soumise.

C'est devenue une compagne imposée. Elle est là, toujours, sans cesse, tapie dans l'ombre et prête à surgir pour planter ses petites dents taillées en pointe dans ma gorge.
C'est terrible : je me retourne souvent, je la sens là juste derrière moi, je sens son souffle tout contre ma nuque... alors j'accélère le pas, comme si ça allait y changer quoi que ce soit : cette pute courre vite.

Il y a longtemps, elle a fabriqué son nid en moi.
Je l'ai senti s'y terrer, et creuser pour s'y faire une place. Qu'importent mes organes et mes cachettes secrètes, elle s'est installée là, sans doute pour prospérer sur tout mon être.

Je la sens se déplacer et onduler à l'intérieur de moi, je sens ses pattes crochues s'enfoncer dans ma chair à vif, je sens son corps lourd qui pèse sur le mien. Et ça donne la nausée, quand elle se déplace tel un reptile, là juste sous la peau.

On peut presque distinguer son relief quand elle se balade sous mon épiderme tel un serpent.

Elle est un parasite, un parasite qui s'est installé et contre lequel je n'ai pas encore trouvé la bonne arme. Une vermine dont on ne sait comment s'en débarrasser.
J'aimerais qu'il existe une pilule rose ou bleue qui l'absorberait, un peu comme le ferait une éponge. Ou une opération chirurgicale pour la déloger de mon corps tendu à se rompre. L'arracher avec une pince, et surtout, et surtout : l'enfermer dans un bocal après, pour qu'elle ne fasse plus souffrir personne. L'analyser, sans doute, pour annihiler son espèce toute entière.

En attendant, je fais avec. Je la subis. Je tente parfois de l'assommer, quand j'avale et avale les petites pilules censées la calmer. Mais ça la fait rire, ça, rire aux éclats. Elle me regarde avaler une à une chaque pilule, plus qu'il n'en faut d'ailleurs, et elle s'amuse, elle slalome entre les cachets ou les écrase entre ses griffes d'un air nonchalant, l'air de dire : tu crois que tu me fais peur avec tes cachets ? Trouve autre chose !
J'ai essayé aussi l'alcool. Pour la noyer de l'intérieur. Pour qu'elle se retrouve coincée et agonise. Mais elle sait nager, la salope. Elle nage même très bien.

Souvent, elle passe à l'attaque. Elle crée des tremblements de terre en moi, alors j'ai la tremblote, surtout aux mains. Mes doigts chancèlent, vacillent. Et puis le tsunami interne, aussi. Pour que mon cœur effrayé s'emballe davantage, pour que mon cœur cogne à se rompre.
Elle a noirci mon sang épais, et s'y faufile pour maintenir ses lois et sa dictature. Ainsi, elle a accès à tout mon corps, il suffit de se laisser glisser dans les veines - son métro à elle.
Elle mordille, elle lacère, elle me défigure de l'intérieur, je n'ose d'ailleurs imaginer son repère en moi, à quel point elle a dû tout saccager pour y vivre à sa façon. A quel point ce doit être dégueulasse à voir.
Souvent lorsque j'inspire, elle avale l'oxygène avant moi, et alors je manque d'air, et alors je suffoque, en apnée. Ça l'amuse, vraisemblablement. Elle me regarde faire, comme un pauvre poisson rouge sur la moquette, la bouche grande ouverte. Assise à mes côtés, elle me regarde m'étouffer. J'aimerais tant lui faire mordre la poussière… Savoir me défendre. Savoir quelle arme utiliser pour la réduire en pièces.

Je ne sais pas si un jour elle s'en ira. Je crains qu'elle ne se sente trop bien en ma compagnie. Je suis la victime idéale : ses assauts fonctionnent systématiquement, ses armées sont bien plus étendues que les miennes.

Elle…

L'angoisse.

samedi 4 juin 2016

Mortelle routine


04/06/16
17H10



Ça doit être le temps.
Ça doit être la vie.

Je sens que l'on s'éloigne, tout doucement, au ralenti. Ils sont loin, les débuts explosifs et passionnés, il est loin, l'éclat lumineux d'une relation qui débute. Les papillons se sont épuisés dans nos ventres, je le crains. Leurs ailes ne volètent plus autant, s'engluent, se collent et perdent leurs couleurs. Oui, ça doit être ça. Le temps. La vie.

La routine monotone du quotidien est en train de nous tuer, mon Amour.
Je ne sais pas si toi, tu t'en rends compte. Mais moi, je le vois, jours après jours, semaines après semaines.
Les mots se font rares, on ne s'effleure plus, parfois on sourit, mais c'est devenu rare. Tu rentres du travail, tu allumes la télévision. Et moi je n'ai qu'une envie, la détruire, oui, trouver une masse et la réduire en miettes. J'essaie de regarder un peu cet écran qui nous sépare, et puis je m'isole. Je vais lire, dessiner, écrire… ou m'allonger en attendant que file le temps. Et toi tu restes captivé par l'écran, ou tu joues à la console, et nos corps qui se repoussent, ceux qui avant s'attiraient comme des aimants…

Je me sens triste de ce constat. Je me demande comment on finira. Ou, disons, comment ça va continuer, déjà.
Est-ce que cette routine va continuer de séparer notre unité, est-ce qu'elle va nous laisser aigris, au mieux des colocataires ?

Ça doit être le temps.
Ça doit être la vie.

C'est sûrement la même chose pour nombre d'autres couples, me dis-je pour me rassurer. J'espère, secrètement, que d'autres ressentent ce vide. Où est passé le manque d'autrefois ? Où sont les papillons chatoyants qui me chatouillaient en dedans ?

Nos baisers sont secs, comme ceux des vielles personnes. Je ne distingue plus de folie amoureuse, de folie, tout court. Nous avons nos habitudes, toi c'est la télévision, la console de jeu, moi… moi j'en sais rien, en fait. Je ne sais plus où j'en suis, d'entre mes groupes et mes rendez-vous chez le psychiatre.
Je suis toujours en quête d'un sens à ma vie. Tu étais ce sens, auparavant. Mais c'était nocif, pathologique, c'était de la dépendance affective pure et simple. Et comme tu le disais : tu dois vivre pour toi, pas pour moi, cesse de tourner autour de mon nombril.
Alors j'ai commencé à me détacher. A prendre de la distance. Je te laisse seul autant que tu me laisses seule. Et ça me rend tellement triste, nos deux corps séparés mais dans le même appartement. Doucement, j'ai appris à vivre sans toi, à vivre dans ma bulle, doucement, je me suis éloignée... et peut-être qu'un jour je n'en reviendrai pas. Je serai partie trop loin. Qui sait.

Je me couche et me lève avant toi. On se dit des « je t'aime » qui à force ne veulent plus rien dire. C'est surtout moi qui le dis. Pour me rassurer, pour m'accrocher à quelque chose, désespérément. Tous les jours : je t'aime.
A force, oui, à force, peut-être que ça ne veut plus rien dire.

Tu es rentré du travail. Je t'ai tenu compagnie dix minutes. Et puis, je suis montée à l'étage où désormais j'écris.
J'écris sur notre relation qui s'évapore, qui s'amenuise. J'écris mon chagrin, ma peine, ma douleur.

J'ai toujours été quelqu'un de passionné, j'ai toujours essayé de casser cette routine, te surprendre, pour que la flamme continue de rougir dans le noir. Mais voilà je suis désormais à court d'idées. Je ne sais plus faire. Alors le temps s'écoule et nous nous transformons en étrangers.

Je me demande si l'on se retrouvera, un jour.

J'aimerais tellement te dire : aller viens, on se barre, on s'en va, on s'en fiche, on laisse tout tomber et on se tire. J'aimerais tellement que cela soit possible... Mais il n'en sera rien. Tu continueras de fixer la télévision, je continuerai de me poser des questions, entre mes humeurs qui vacillent et crépitent.

Je ne parle pas même de mes crises, que ce soit de nerfs, de larmes, mes crises maniaques ou dépressives, tu sais, ces crises qui nous fragilisent davantage à chaque fois. Parce que je suis comme ça, parce que j'ai ces troubles psychiques, dont un qui ne s'éteindra jamais, dont un pour lequel je serai toujours sous traitement et qui continuera de nous atrophier. Ça nous rajoute un risque, ma maladie. Quand j'explose ou implose, quand surgissent les mots cruels et les idées noires, alors je nous sens nous fendre en deux, je sens les failles, je sens que ça nous fragilise douloureusement, et je me demande alors : alors-nous tenir…. Vas-tu tenir ?

Tu m'as dis que si tu avais su… tu ne serais pas sorti avec moi. Tu n'imaginais pas cela si dur, si terrible, si destructeur. Si tu avais su, on ne serait pas là, sous le même toit, avec les années qui ont passé et les failles qui deviennent béantes, gorgées d'un sang épais et noir comme du pétrole.

La routine… je me demande comment font les autres, encore. S'il y a une solution à la monotonie. Je suis en manque d'idées, tu vois.
Je crois que je m'éloigne lentement, très lentement de tout… je m'isole, de toi. Nos deux corps, là, sous le même toit, ces corps qui ne savent plus se retrouver. Si tu savais comme je suis triste.

Tu sais, même quand je suis à tes côtés.... tu sais, souvent, très souvent, trop souvent, c'est comme ça : tu as beau être là, tu me manques... quand même.

Alors oui, je crois que je peux le dire, je suis triste. Infiniment triste.

Comme au seuil d'une histoire d'amour.

jeudi 2 juin 2016

La routine qui tue


02/06/16
07H58


Je ne supporte plus le quotidien, la routine gravée et installée, la monotonie des jours. Chaque soir, quand il rentre, se poser devant la télé, regarder des émissions par défaut, et attendre. Et manger. Et m'endormir vers 21H, shootée par mes médocs. Aller me coucher. Et ça recommence... chaque soir. Et ça recommence, et doucement me tue.

Regretter la passion du début, les élans, l'éclat, l'amour fou. 

Constater qu'on en est là, maintenant, enlisés dans un quotidien qui n'a plus rien d'extraordinaire. Se parler, à peine. Ne plus s'effleurer. Et chaque soir j'ai envie de chialer, envie de dire : viens on s'tire, on s'barre, n'importe où, mais barrons nous avant que la routine ne nous achève.

Groupe ce matin. 
VSL à 09H45. 
Motivée, heureuse de sortir de ma grotte et me faire conduire, un stress énorme en moins. 
Du reste, préparer l'expo en octobre, tenter des peintures et des esquisses, faire des essais, des aquarelles.

Des envies d'acheter folles et furieuses. Sûrement pour combler le vide. Et cet appétit d'ogre aussi. Pour terminer de combler le vide.

Le vide... oui, la routine.
Je n'en veux plus.
Je veux que les choses changent, bougent, évoluent, je veux qu'on brise cette putain en mille morceaux. Qu'on revive, qu'on se retrouve, qu'on se surprenne. Mais ça doit être ça, la vie. Vient un moment où tout... tourne en rond.

***

Du reste, le psy qui gère mon traitement m'a diminué l’antidépresseur, augmenté le neuroleptique, n'a pas touché au régulateur d'humeur et m'a changé d'anxio car je me suis habituée au Lysanxia, il faudrait augmenter et augmenter les doses... d'où le changement : pourvu que ça fasse effet ! 

Il répète sans cesse qu'avec un "traitement pareil" c'est pas étonnant que le soir je m'endorme très, très tôt, que je sombre. Que j'ai un traitement lourd.

Je le reverrai le mois prochain, et on verra ce que ça aura donné, les changements...


mercredi 1 juin 2016

Je peux le faire !


01/06/16
08H01




Trois soirées se sont passées depuis ces dix derniers jours. Et à chacune j'étais plutôt bien. Pas exclue, pas renfermée sur moi-même, pas recluse dans un coin à attendre en enchainant les verres. J'ai même pas mal discuté avec des personnes que je ne connaissais pas, je n'étais pas collée à lui. Je parlais, riais, délirais, et bon sang, quel bien cela m'a fait ! Je ne voulais plus partir...

Hier, j'ai pas mal discuté avec le conducteur à l'aller, et la conductrice au retour, des VSL que j'ai pris. On parlait de leur boulot, des maladies psychiques, de si, de ça, et je ne tremblais pas en parlant. La femme, qui m'a d'ailleurs fait une grosse bise en se présentant "c'est moi que vous avez eu au téléphone !" me parlait d'une fille qui, elle aussi, avait peur de sortir, ne disait rien dans le VSL, et qu'elle a vue évoluer, doucement sortir, prendre le train, puis le tram, maintenant elle bosserait si j'ai bien compris. Ça m'a redonné espoir...

Dans la salle d'attente du groupe, discuter pour la première fois avec deux autres participants. (à deux séances de la fin... mieux vaut tard que jamais) Se montrer des photos, parler. Et au groupe, continuer sur ma lancée, répondre aux questions, échanger, parfois même me dire "laisse-en un peu aux autres". 

M'étonner. 
Me surprendre. 
Être... sociable.
J'espère que ça ne sera pas juste une passade, j'espère que c'est une avancée contre la phobie sociale. Que ça ne va pas se volatiliser d'ici quelques jours.

Le moral est petit, mais je suis plus bavarde, je discute davantage, la peur a desserré un peu son étreinte, et le goût de l'oxygène est délicieux !