06/04/16
07H49
Je ne compte plus. Je me suis encore endormie très tôt hier soir, sur le canapé, pendant qu'il regardait son émission. Je déteste les réveils, vers 23H. J'ai des vertiges, des nausées, je ne tiens plus debout, je fume ma dernière cigarette en m'endormant debout dans le petit coin fumeur à côté de l'appartement, les yeux clos. Je prends toujours les devants en me démaquillant avant, me brossant les dents avant, car je sais qu'une fois réveillée, je n'y arriverai pas. Juste bonne à quitter le canapé en titubant pour rejoindre le lit où je me noie dans un sommeil agité.
J'appréhende mon rendez-vous d'aujourd'hui. Ou non, j'appréhende la conduite - en plus il pleut. Je suis peut-être un peu moins angoissée, à l'idée de conduire, mais la peur et la boule au ventre restent là. Je conduis, j'ai la bouche sèche, tellement sèche, au fur et à mesure des kilomètres parcourus. Je suis tendue, les mains crispées sur le volant, en apnée. J'espère que ça se passera bien...
Quant au rendez-vous, ça me permettra de parler du mal-être en ce moment. Même si je ne sais son origine, même s'il n'y a pas eu d'élément déclencheur. Je me rappelle juste de cette soirée resto-ciné où d'un coup, ça c'est cassé en moi, comme s'il y avait un avant et un après.
Je ne supporte plus mon quotidien, et la vie, la vie dont je peine toujours à lui trouver un sens, un intérêt. Souvent, me dire, ça ne tiendrait qu'à moi... je m'en irais. Je crèverais dans un coin, comme une animal malade. Parce que non, ça ne m'intéresse pas. J'en veux pas. J'en ai jamais voulu. La gamine de huit ans qui retenait sa respiration pendant la récréation n'est pas si différente de la femme de trente ans que je suis aujourd'hui. Ou l'ado paumée, ou la jeune fille déboussolée. Je regarde mon passé, je n'y vois que du noir, des pensées négatives, des crises de nerfs, de larmes, maniaques ou dépressives, j'y vois nombre de psys, des centaines de pages noircies avec toujours les mêmes maux, les mêmes interrogations, les mêmes doutes.
Je me demande le plus sincèrement du monde si l'on peut changer. Si je peux trouver un sens à cette vie où jamais demain ne veut dire quelque chose.
Et je prends des exemples à la con. Genre Dr House. Est-il capable de changer, faire preuve de davantage d'optimisme ? Non. Il a essayé de changer maintes fois, mais la nature reste la nature. Je sais, c'est un personnage fictif, mais pas si loin de la réalité en fait. Je bloque dessus. Est-ce que Dr House peut être heureux, optimiste, souriant ? On sait que non. Sa nature est trop ancrée en lui. Comme on dit, essayez de contrer la nature, elle revient au galop...
Le sentiment que je resterai écorchée vive toute ma vie. J'espère que je ne ferai pas de vieux os. Je vis mal le passage à la trentaine. Je me sens périmer alors que je n'ai encore rien accompli. Je me sens sur la pente descendante alors que je ne me suis rien vu grimper, escalader. Je réalise les années "gâchées", mais je ne me réveille pas pour autant. Je réalise ma jeunesse sur laquelle j'ai marché, que j'ai écrabouillée sous mes rangers de l'époque, je réalise les années perdues, dans l'autodestruction la plus totale, les mises en danger, les prises de risques, les moments morbides que j'ai vécu comme un automate, mais cela ne me fait ni chaud ni froid. Ça me semble logique. Comme si c'était écrit comme ça.
J'entre dans la phase d'attente. Jusqu'à midi et demi, heure du départ pour le RDV, je vais tourner en rond comme un fauve dans une cage minuscule. Je vais appréhender, avaler des cachets, en me foutant bien de conduire sous l'emprise de tout ce que j'aurai avalé : j'en ai besoin où je vais faire n'importe quoi.
Attendre, attendre, attendre.
En y réfléchissant, c'est ce que je fais de ma vie. J'attends la fin, bêtement.

Si on fait le compte évidemment on en a chié, y a même eu des moments dignes de l'Enfer ou du Purgatoire et pourtant parfois mon cerveau se met en mode "ça valait la peine de connaître ceci, cela, intel, unetelle, et quand elle a ceci et quand il a cela, bien sûr ça n'efface pas tous les moments horribles mais en étant honnête n'y a-t-il rien ou personne que tu es heureuse d'avoir vécu ou connu?
RépondreSupprimerIci, je peine à penser comme ça. Parfois je me dis que j'aurais aimé que ça marche la première fois. J'en serais pas (encore) là, à galérer pour la vie de base. Mon psy dit que le suicide est obsessionnel chez moi, que ça doit me soulager quelque part d'y penser "autant" au point de me perdre dans des détails techniques. Bref... la vie, j'ai du mal.
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