12/11/16
07H45
Imagine qu'un jour (imagine, hein...)
Imagine qu'un jour tu
arrêtes (enfin) de te faire des films. Cette façon de voir le mal
partout, de tout repeindre en noir même quand il y a des petites touches
de couleur. Imagine, ne serait-ce que d'essayer de voir les choses
autrement, d'arrêter de colorier avec son marqueur tout ce qui peut
éblouir.
Tu te rassures parce que tu ne connais que ça, le noir
profond qui tapisse ta vie et tes pensées, tes émotions, tes ressentis.
Oui, c'est cela, c'est rassurant, pour toi. Aller mal, tu sais faire,
mais aller bien, as-tu déjà essayé ? Pose-toi la question : est-ce que
ça te rend heureuse de vivre comme ça ? Ne mens pas. La mélancolie n'est
pas amie avec le bonheur.
Imagine. Essayer
d'accepter ou d'envisager que ça puisse bien se passer, pour une fois.
Sortir de tes chemins préconçus, sortir de tes délires, accepter la vie
plutôt que la maudire. (Si, si, tu peux.)
Tu es juste dans une
histoire qui tourne en boucle, un scénario, un cercle-vicieux. Et tu
peines à voir sans tes grosses lunettes qui déforment tout, à commencer
par ces beautés là, juste sous tes yeux, ces beautés que tu ne vois même
plus à cause du filtre, tu sais, celui qui assombrit tout. Imagine les
ôter, ces lunettes, pour voir. Voir enfin. Voir vraiment.
Et
réaliser que les autres ne vont pas te manger. (à moins d'être très
amoureux de toi) Imagine. Que chacun puisse avancer à son rythme. Et te
dire, sans angoisse ni panique, que l'on peut arriver à trente ans et se
dire que l'on s'est trompé. Arriver à trente ans, oui. Et tout
recommencer, là dans la tête, sous les linceuls prématurés déposés sur
les souvenirs. Y mettre un peu d'ordre, entre les débris et la
poussière, passer un coup de balai, retrouver les fondations pour
commencer, et te remettre à colmater les fissures.
Imagine
qu'un jour, tu acceptes ce mal-être comme faisant parti de toi et de
tes démesures, puisque tel est le cas. L'accepter - j'insiste sur ce
terme - parce qu'il restera au chaud en toi, l'accepter pour enfin le
dompter, l'apprivoiser, le rendre peut-être moins agressif, trouver les
bonnes rênes. Imagine, si, si, tu le dois. Imagine que tu puisses
remodeler l'argile qui aurait fondu sur les rebords. Imagine que ça
puisse être moins compliqué que ça ne parait. Que peut-être, c'est pas
si moche que ça, d'exister. Qu'il faut aller de l'avant, en effet.
Imagine que juste une heure ou deux, tu déposes tes chaînes pour tenter
l'ivresse de la liberté. Ne serait-ce que pour voir l'effet que ça fait.
Oui,
tu seras toujours malade. Et alors ? Vis avec. Sculpte la noirceur,
ôte-lui son manteau noir et son chapeau de sorcière. C'est comme les
bonhommes de neige. C'est à toi de remodeler ses contours, ses reliefs.
Trouve une entente. Il doit bien en exister une. D'autres y parviennent,
alors pourquoi pas toi ? Oui, je sais, c'est dur. Mais tu es soutenue.
Par des gens-humains, et ces pilules que tu dois continuer de prendre
même si tu aimerais les jeter par la fenêtre. Imagine vivre avec.
Imagine et essaie. De découvrir un équilibre.
Je te
dis tout cela, mais te ne te dis rien. Essaie peut-être de te dire que
la vie est un cadeau - pas un cadeau empoisonné comme tu sembles le
croire - mais un cadeau tout court. Que ça va vite, que le temps passe,
qu'il faut que tu agisses ou réagisses. Que l'heure, ton heure, n'est
pas encore venue, qu'il encore temps (si, si) pour voir le monde un peu
mieux. Je ne te demande pas de rattraper le temps perdu car le temps ne
l'est jamais, perdu. Mais là est une autre histoire, je te la conterai
peut-être un autre jour.
Et déposer les armes. Parce que
peut-être ne dispose-tu pas des bonnes. Ressentir les choses. Et trouver
en toi ce qui fera que la vie pèsera enfin moins lourd. Prendre le
temps de tout revoir sous un angle différent. Comme les tableaux
cubistes.
Imagine, si tu veux, si tu peux.
Tu vois ?
Aller. Grandis un peu, madame !