05/04/16
09H53
Pas de groupe ce matin : pas envie de me prendre la tête avec les grèves. J'ai annulé hier, je sais que je devrai rattraper la séance, mais bon, je ne voulais pas me retrouver coincée sur Grenoble comme la dernière fois, à tourner en rond en attendant que redémarrent les trams.
Du reste, rebelote hier soir. "Je suis fatiguée d'être fatiguée." J'ai tenu jusqu'à 20H15. Et mes yeux ont commencé à se fermer, mon organisme s'est contracté sur lui-même, une fatigue sans nom, un sommeil insatiable, m'ont submergée. Quand j'ai difficilement rouvert les yeux, il allumait sa console de jeu. Je m'en suis voulue, d'être si éteinte et éreintée si tôt. Après un "bonsoir" accompagné d'un bisou froid comme du marbre, et je suis allée me coucher furieuse contre moi-même. Et j'ai sombré comme une masse lourde et opaque.
Et si je ne parviens plus jamais à rester éveillée le soir ? Comment je vais faire ? Je hais mes journées. Et ne pas savoir - ou plus savoir - profiter de mes soirées. Vivre comme une retraitée, entre mes journées vides de sens et d'occupations, mes réveils avant l'aube, mes couchers si tôt...
Il se plaint que je tourne autour de lui, que tout dépend de lui, et je sais que cette dépendance affective est un de mes soucis, que c'est d'ailleurs un gros trait du trouble borderline qui me bouffe. Tenter de me défendre, de dire non, tu te trompes, mais savoir au fond que si, je tourne autour de son nombril, je fais tout en fonction de lui - sans lui je n'existe plus. Comme ce week-end, il ne sera pas là, et cette seule idée m'angoisse déjà. Que vais-je faire de ma vie sans lui ? De mon week-end ?
Je ne sais pas, n'ai jamais su, et ne saurai jamais, vivre seule. Je n'ai jamais vécu vraiment seule, j'avais toujours un gars sous la main avec qui partager le même toit, j'allais dans mon passé de relations en relations, incapable de gérer la solitude. C'est encore le cas aujourd'hui, je passe ma vie à l'attendre, à attendre d'être avec lui.
J'ai lu et décortiqué des tonnes d'articles sur le net, j'ai même prit des notes dans un carnet sur "comment vaincre la dépendance affective", mais le fait est que cette connerie est puissante. Je me sens esclave. Je me sens coincée. Je ne sais me dépatouiller de cette dépendance. J'en souffre. Quand il sort le soir avec des amis ou s'absente le week-end, je me sens mal et fais n'importe quoi, je bois trop d'alcool, je mélange des médicaments... ça me rend littéralement dingue.
Il faut que je trouve comment vivre pour moi.
Mais "moi", ça me semble tellement inutile, insignifiant. Ma vie me semble si terne, si pâle, dénuée d'intérêt quelconque. Comme d'habitude, la rengaine : "et si j'étais pas là, tu ferais quoi ?". Ne pas oser lui dire : si t'étais pas là, je serais plus là. Parce que c'est comme ça. Et je sais que si un jour on rompt, je donne peu cher de ma peau, je ne saurai rebondir, à moins que ça ne soit moi qui parte... pour mourir.
Parfois, avoir envie de le quitter.... avant qu'il ne me quitte. Cette phrase fait sourire le psy qui gère mes petites pilules : "oui, vous avez un raisonnement de borderline". J'en peux plus de ce trouble. J'ai envie de m'enfoncer la tête dans le sable, qu'on arrête de m'en parler. Je le vis comme une accusation : vous êtes borderline ! C'est gravé sur mon front, en-dessous de "bipolaire" et au-dessus de "phobique sociale". Je suis fatiguée de tout ce qui touche à mes troubles mentaux. Je voudrais goûter la vie de quelqu'un de sain d'esprit, juste une journée. Me débarrasser de mes angoisses. De mes crises. De tout ce qui cloche dans mon cerveau mal en point.
Goûter à la liberté.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire