04/06/16
17H10
Ça doit être le temps.
Ça doit être la vie.
Je
sens que l'on s'éloigne, tout doucement, au ralenti. Ils sont loin, les
débuts explosifs et passionnés, il est loin, l'éclat lumineux d'une
relation qui débute. Les papillons se sont épuisés dans nos ventres, je
le crains. Leurs ailes ne volètent plus autant, s'engluent, se collent
et perdent leurs couleurs. Oui, ça doit être ça. Le temps. La vie.
La routine monotone du quotidien est en train de nous tuer, mon Amour.
Je ne sais pas si toi, tu t'en rends compte. Mais moi, je le vois, jours après jours, semaines après semaines.
Les
mots se font rares, on ne s'effleure plus, parfois on sourit, mais
c'est devenu rare. Tu rentres du travail, tu allumes la télévision. Et
moi je n'ai qu'une envie, la détruire, oui, trouver une masse et la
réduire en miettes. J'essaie de regarder un peu cet écran qui nous
sépare, et puis je m'isole. Je vais lire, dessiner, écrire… ou
m'allonger en attendant que file le temps. Et toi tu restes captivé par
l'écran, ou tu joues à la console, et nos corps qui se repoussent, ceux
qui avant s'attiraient comme des aimants…
Je me sens triste de ce constat. Je me demande comment on finira. Ou, disons, comment ça va continuer, déjà.
Est-ce que cette routine va continuer de séparer notre unité, est-ce qu'elle va nous laisser aigris, au mieux des colocataires ?
Ça doit être le temps.
Ça doit être la vie.
C'est
sûrement la même chose pour nombre d'autres couples, me dis-je pour me
rassurer. J'espère, secrètement, que d'autres ressentent ce vide. Où est
passé le manque d'autrefois ? Où sont les papillons chatoyants qui me
chatouillaient en dedans ?
Nos baisers sont secs, comme
ceux des vielles personnes. Je ne distingue plus de folie amoureuse, de
folie, tout court. Nous avons nos habitudes, toi c'est la télévision, la
console de jeu, moi… moi j'en sais rien, en fait. Je ne sais plus où
j'en suis, d'entre mes groupes et mes rendez-vous chez le psychiatre.
Je
suis toujours en quête d'un sens à ma vie. Tu étais ce sens,
auparavant. Mais c'était nocif, pathologique, c'était de la dépendance
affective pure et simple. Et comme tu le disais : tu dois vivre pour toi, pas pour moi, cesse de tourner autour de mon nombril.
Alors
j'ai commencé à me détacher. A prendre de la distance. Je te laisse
seul autant que tu me laisses seule. Et ça me rend tellement triste, nos
deux corps séparés mais dans le même appartement. Doucement, j'ai
appris à vivre sans toi, à vivre dans ma bulle, doucement, je me suis
éloignée... et peut-être qu'un jour je n'en reviendrai pas. Je serai
partie trop loin. Qui sait.
Je me couche et me lève
avant toi. On se dit des « je t'aime » qui à force ne veulent plus rien
dire. C'est surtout moi qui le dis. Pour me rassurer, pour m'accrocher à
quelque chose, désespérément. Tous les jours : je t'aime.
A force, oui, à force, peut-être que ça ne veut plus rien dire.
Tu es rentré du travail. Je t'ai tenu compagnie dix minutes. Et puis, je suis montée à l'étage où désormais j'écris.
J'écris sur notre relation qui s'évapore, qui s'amenuise. J'écris mon chagrin, ma peine, ma douleur.
J'ai
toujours été quelqu'un de passionné, j'ai toujours essayé de casser
cette routine, te surprendre, pour que la flamme continue de rougir dans
le noir. Mais voilà je suis désormais à court d'idées. Je ne sais plus
faire. Alors le temps s'écoule et nous nous transformons en étrangers.
Je me demande si l'on se retrouvera, un jour.
J'aimerais
tellement te dire : aller viens, on se barre, on s'en va, on s'en
fiche, on laisse tout tomber et on se tire. J'aimerais tellement que
cela soit possible... Mais il n'en sera rien. Tu continueras de fixer la
télévision, je continuerai de me poser des questions, entre mes humeurs
qui vacillent et crépitent.
Je ne parle pas même de
mes crises, que ce soit de nerfs, de larmes, mes crises maniaques ou
dépressives, tu sais, ces crises qui nous fragilisent davantage à chaque
fois. Parce que je suis comme ça, parce que j'ai ces troubles
psychiques, dont un qui ne s'éteindra jamais, dont un pour lequel je
serai toujours sous traitement et qui continuera de nous atrophier. Ça
nous rajoute un risque, ma maladie. Quand j'explose ou implose, quand
surgissent les mots cruels et les idées noires, alors je nous sens nous
fendre en deux, je sens les failles, je sens que ça nous fragilise
douloureusement, et je me demande alors : alors-nous tenir…. Vas-tu
tenir ?
Tu m'as dis que si tu avais su… tu ne serais pas
sorti avec moi. Tu n'imaginais pas cela si dur, si terrible, si
destructeur. Si tu avais su, on ne serait pas là, sous le même toit,
avec les années qui ont passé et les failles qui deviennent béantes,
gorgées d'un sang épais et noir comme du pétrole.
La
routine… je me demande comment font les autres, encore. S'il y a une
solution à la monotonie. Je suis en manque d'idées, tu vois.
Je
crois que je m'éloigne lentement, très lentement de tout… je m'isole, de
toi. Nos deux corps, là, sous le même toit, ces corps qui ne savent
plus se retrouver. Si tu savais comme je suis triste.
Tu
sais, même quand je suis à tes côtés.... tu sais, souvent, très
souvent, trop souvent, c'est comme ça : tu as beau être là, tu me
manques... quand même.
Alors oui, je crois que je peux le dire, je suis triste. Infiniment triste.
Comme au seuil d'une histoire d'amour.

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