18/11/16
18H28
*Lettre à mon psy *
11H24
Premier
réflexe après l’appel de la coach : réunir tous mes centimes pour courir
au tabac acheter des petits cigares. Et d’en fumer deux d’affilé. Et me dire
que j’aimerais bien qu’elle puisse vivre ce que je vis mentalement ne serait-ce
qu’une heure. Parce que c’est facile de me dire qu’il faut que je me confronte.
Je sais que je dois le faire. Mais je sens son exaspération, ce qui m’exaspère,
et cette façon de me parler en retenue, avec cette fatigue derrière que je
ressens.
Je dois contacter une structure sur Grenoble et aller là-bas voir ce
qu’ils peuvent me proposer en bénévolat d’aide à la personne ainsi que le
refuge pour animaux près de L., où j’habitais avant. Je sais que ce n’est
rien, mais j’angoisse, en plus de ma colère quant à la coach qui croit que tout
est facile. Et l’impulsion qui survient, soudain des idées noires, soudain des
scénarios, et me demander ce que je préfère, vivre difficilement ou mourir
rapidement. Envie d’arrêter de manger, comme avant, maigrir à perdre haleine,
comme avant, que mon corps soit la personnification de ma souffrance, tout en
os.
Avoir envie,
plutôt que d’écrire dans mon « carnet positif », noter toutes les
raisons pour lesquelles je devrais me suicider afin de me donner le courage de
le faire. Noter tout. Mon couple, mes peurs, la fatigue des efforts, la peur de
vieillir, la peur des autres, les angoisses qui me bouffent. Tout noter, tiret
après tiret, toutes les raisons pour lesquelles je devrais en finir. Et me
décider une fois pour toute du lieu. Je sais que la route menant au barrage de
R. ferme l’hiver, elle est peut-être même déjà fermée. Ne restent alors
que les ponts, mais la hauteur maximale est celle du barrage. Barrage inaccessible
si neige.
Je vais
aller m’allonger, me calmer. Essayer, disons, de me calmer. Tout le monde pense
que c’est facile, mais personne ne vit ce que je vis. Tout le monde a le recul
que je n’ai pas. Tout le monde fait ce que je n’ose pas faire. Mais personne,
jamais, ne tente de se mettre à ma place. J’aimerais la voir, ma coach, faire
des crises d’angoisse imprévisibles et avoir une peur vive de tout, oui, ça me
ferait bien rire. Lui dire alors, vous voyez ce que c’est ? Vous souffrez
assez pour qu’on parle enfin de se confronter trop rapidement, me mettre
cette pression de RDV en RDV : faites si, faites ça, et ça doit être fait
avant le prochain appel téléphonique, et vous devez vous rendre sur place, et
agir de telle ou telle manière… Je sais pourquoi je vais faire des efforts.
Pour ne plus la voir ni l’entendre. Elle m’angoisse trop, avec ses « ultimatums »
et sa voix mielleuse pleine de sous-entendus.
13H45
Il risque
fort retravailler le soir. J’aimerais que les choses arrêtent de changer tout
le temps. Un coup si, un coup ça, et on revient en arrière. Je ne veux pas me
retrouver seule à nouveau. Même si je sais que nous avons besoin d’argent et
que ce n’est pas moi qui le gagne pour le moment. J’ai du mal à m’adapter à
tous ces rebondissements.
17H
Du lexomil
dans le sang. Des bouffées d’idées noires. Je me sens incapable. Envie d’aller
me coucher. Et dormir, longtemps. Très longtemps. Je n’ai pas envie, de quoi
que ce soit. Hier je me sentais si bien, c’est fou comme, un rien, et tout
bascule. Pourquoi je me complique ainsi la vie ? Pourquoi ces peurs ?
Pourquoi ne pas ignorer le regard des autres ? Pourquoi peiner à avoir
confiance en moi ? Pourquoi aller jusqu’à préférer mourir ? Je ne
veux plus rien. Juste disparaître, ou ne plus rien ressentir, si cela était
possible. Je n’ai pas encore osé regarder où est cette structure à Grenoble, ni
sur le site du refuge pour animaux. Je sais que c’est ridicule, mais voilà, j’angoisse.
L’éclat qui revenait s’étiole. Hier, tout allait si bien, la conduite bien
passée, le RDV chez le Dr M. s'est bien passé, et cette « future amie »
venue l’après-midi, oui, hier, j’étais tellement bien. Mais à nouveau se
profilent de gros efforts et je n’y arrive plus.
18H30
Je me suis
isolée. Je n’ai envie de rien. Je m’ennuie dans le sens où les angoisses ont
prit le dessus et je n’ai que des idées noires en tête. Dormir, oui, c’est le
seul remède éphémère. Quelques heures loin de la réalité. C’est déjà beaucoup.
Cela me rappelle il y a huit ou neuf ans quand j’avalais des somnifères pour
écourter mes journées, dès le réveil. Je voudrais dormir sans fin, trouver le
bon pont, être sûre que j’y resterai. Je crois que non, non, je ne peux pas
avancer. On le croit, mais c’est faux, je ne peux pas. Tout le monde se voile
la face, je suis faible.

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