dimanche 17 juillet 2016

Reprise des mots


17/07/16
10H35 





Je reprends un journal blog.

J’ai toujours besoin d’écrire, je crois.

J’en aurai toujours besoin.



Il reste moins de la moitié du pot de tabac. Je sais qu’il faut me restreindre, car je suis déjà – nous sommes déjà – dans le rouge. Je sais que je dois arrêter de fumer, même si ça me rend malade, même si ça me rend folle au point de errer dans les rues à chercher un mégot potable…je sais que mon rapport avec le tabac est anormal. C’est devenu bien plus qu’une béquille. Bien plus qu’un antidépresseur. Sans doute est-ce pour cela que j’ai tant de mal à arrêter. Au point que ça me file et des crises de larmes, et de nerfs, et d’angoisse et d’idées noires.

Si j’avais su, à l’époque. J’avais vingt ans. Le bel âge, quand je me vois, dix ans plus tard… quand je pressens le temps qui file et file et bientôt je ne serai plus rien. J’avais acheté un paquet dans un tabac et un briquet dans un autre. Pour surtout pas qu’on ne sache que je « commençais ». Que c’était une première. J’ai trouvé ça dégueulasse. J’ai fumé ma première clope le soir, à la fenêtre de mon studio lyonnais – le premier. Celui à Vaise. Celui où le pire a été. Je regardais le clocher, j’avais toujours trouvé qu’il ressemblait à une guitare électrique, et ses tons orangés n’arrangeaient rien. Et voilà, j’ai trouvé ça dégueulasse. J’ai tout de même fini le paquet. Parce que voilà, je n’allais pas le gaspiller.

Quelques mois plus tard, en clinique, tout le monde fumait. Il y avait ce qu’un psy nommait gentiment « la chambre à gaz », une pièce pour fumer. J’y restais et je discutais avec les autres. Un patient, Christian, la cinquantaine, m’offrait des paquets vu que je manquais d’argent. Il était là pour ça, Christian. Trop gentil. Il avait fait des cadeaux et des cadeaux à une femme qui se disait éprise de lui. Elle lui a tiré tout son fric avant de se barrer. Christian s’est réfugié dans l’alcool. Alors voilà, je fumais les clopes que m’offrait Christian, dans cette petite pièce emplie de fumée.

Et puis, ça servait aussi à se faire du mal, une clope. Appuyée sur le poignet ou la cuisse. Je n’y avais pas pensé jusqu’à ce que je vois l’autre Marion, celle dont mon psy me disait qu’elle était une mauvaise influence, s’appliquer à se massacrer le bras dans le parc de la sorte l’après-midi. On m’avait supprimé tout objet coupant. J’ai utilisé ma cigarette aussi. 
J’ai décoché le coche « ami » sur facebook dernièrement la concernant. On avait gardé contact sans garder contact. Disons que j’essayais d’avoir des nouvelles mais elle passait son temps avec ses nouvelles amies d’infortune : elle est toujours profondément anorexique, elle. Et les gens qui le sont plus ne doivent plus être intéressants, je suppose. Je n’étais plus intéressante pour elle. Après un énième message, je l’ai supprimée.

Si elle savait. En ce moment ça va pas bien. J’ai retrouvé ce poids que j’aime et qui me rassure. J’en avais pris trois, de kilos. Je m’en suis débarrassée. Et étrangement, l’envie d’en rogner encore un ou deux. Juste comme ça. Juste pour voir. La petite voix. Je l’avais oubliée. Je doute l’écouter, mais je l’ai entendue ces derniers temps. Me dire tu voudrais pas retrouver un but, un objectif dans ta vie morne et terne ?

Je ne lui ai pas encore répondu. 
Je sais ce que je vais lui dire.

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