18/07/16
09H35
"Vivre ou ne pas vivre
Le paradis a son enfer
Le paradis a son enfer
Mais y a rien qui dure..."
Les souliers rouges - Vivre ou ne pas vivre
Coeur de Pirate - Arthur H, Marc Lavoine
Première fois depuis des mois qu’il se
lève avant moi. Pas de beaucoup. Je me suis levée à sept heures au lieu de six,
en moyenne. Parfois cinq trente. C’est le bip du micro-onde qui m’a éveillée en
sursaut. Et une sorte d’angoisse latente qui plane. J’ai avalé machinalement
six ou sept lysanxia, bien que sachant que ça ne changera pas grand-chose au
problème.
Je me rappelle hier soir, j’ai pris mon
traitement plus tôt, ça m’a encore foutu une claque incroyable. Je me suis
endormie sur le canapé avant les infos, et puis il m’a réveillée, alors je suis
montée dormir. Enfin, monter les deux étages jusqu’à la chambre a été toute une
aventure. Je me suis assise cinq fois à cause de la sensation de tomber dans
les pommes. Je ne tenais plus debout, j’avais des nausées et des bourdonnements
d’oreilles. Sans parler que j’ai de gros, gros trous de mémoire en ce moment.
Rien ne se fixe, j’oublie tout. Ce traitement me tue tout en me régulant. Que
la vie serait moins compliquée sans ce trouble bipolaire ou disons, sans ce
traitement obligatoire.
Je réalise qu’on s’est enlisés dans une
routine dont je ne sais plus me dépêtrer. D’habitude, je tente de la casser. Le
surprendre. Mais là, les idées sont parties. Je réalise que nos débuts sont
finis, qu’on est coincés dans une monotonie dangereuse et qui tue doucement les
amours en douce. On réalise les défauts de l’autre, et ça énerve, et y’a plus
que ça. Mes trous de mémoire l’agacent, autant que mon incapacité à me décider.
Hier, il cuisine.
-
Tu
veux des pâtes ?
-
Je
sais pas.
-
Mais
tu sais jamais ! T’en veux ou pas, c’est pas compliqué ?
-
Oui…
non… je sais pas.
J’ai filé sans demander mon reste. Les
pâtes sont cuites, même dilemme. T’en prends ou pas ? J’sais pas. Je tourne
dans la cuisine. Je regarde les pâtes. Je me dis j’ai pas faim mais faut que je
mange. Je me dis ça va me faire grossir. Au bout d’un quart d’heure je me sers
un bol. Je mange lentement. Il dit ça m’agace de plus en plus tes conneries. Je
ne dis rien.
Est-on arrivé au bout ?
A partir de quand est-on arrivé au bout ?
Nous ne sommes pas de
ceux qui croient à l’amour éternel. On parle parfois de rupture, on s’organise –
presque – déjà. Tu pourras squatter le canapé quelques semaines, si on rompt.
Avoir envie de pleurer d’avoir des conversations pareilles. Mais on est
ensemble là, non ? Oui, il répond. On fait un bout de chemin ensemble. On
sera pas obligés de se quitter sur de mauvais termes. Et à nouveau l’envie de
chialer. Je regarde tous nos amis mariés, comment savent-ils qu’ils passeront
leur vie avec telle personne, dans ce monde où rien ne dure, où rien n’est
jamais acquis ? Sont-ils fous ? L’amour est-il une folie autorisée
par les mœurs ? Une illusion, un fantasme ? Je pourrais écrire des heures
sur le sujet. Le prétendu amour derrière lequel tout le monde court et qui
inévitablement fait souffrir tout le monde quand même. Une invention, une
connerie, l’amour. Je pense de plus en plus, et lui aussi, que la vie est une
succession d’aventures, jusqu’à ce qu’on se retrouve seul, sans personne, vieux
et esseulé. Je sais que même moi, je ne le ferai changer d’avis, je sais qu’il
se sent encore comme un vieux célibataire et que ma présence souvent est de
trop. Il déborde d’indépendante, terriblement solitaire. Je me demande quand il
en aura assez de se coltiner ma petite personne. Si dans sa tête, ça n’a pas déjà
commencé à germer. Doucement.
Comme convenu, j’ai grossi. Bon, cent
grammes ce n’est rien, mais ça m’énerve. Aujourd’hui la solitude va m’aider à
moins manger, normalement. Je sais pas pourquoi je joue avec le feu. Car je
risque fort rechuter si je m’obstine dans mes conneries – manger moins, vomir parfois… Je sais pas. Il me faut peut-être m’accrocher
à quelque chose et je n’ai rien trouvé d’autre ?
Je n’ai pas envie de « vivre »
cette journée. Je voudrais me recoucher et m’endormir et pendant plusieurs
heures… jours… semaines…mois…toujours.
Je réalise encore que je suis une
assistée. Il travaille le soir désormais, et ne peut donc m’accompagner au seul
RDV où je ne vais seule, mon psy que je vois chaque semaine. J’ai appelé le psy
tout à l’heure, lui ai expliqué en plus d’une lettre, il m’a dit que je me
cherchais des excuses pour ne pas venir. J’ai insisté, conduire là-bas me
terrifie. On a convenu d’un RDV début août, à 11H.
Je me demande si j’aurai le cran d’y
aller seule.

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